La résistible ascension d’Arturo Ui

atelier-spectacle

lieu Maison d’arrêt de la Santé, Paris

période février à juin 2004

dans le cadre d’une convention avec le Théâtre de la Cité Internationale, la DRAC Ile-de-France, la Direction régionale de l’administration pénitentiaire et le SPIP de Paris

intervenant.e.s Judith Depaule

participant.e.s 18 détenus hommes

volume horaire atelier hebdomadaire de 3h

restitution 6 représentations à la Maison d’arrêt de la Santé devant les autres détenus, les travailleurs de la prison et des invités extérieurs

réalisation captation par l’atelier vidéo de la Santé

« Après Hamlet, l’année dernière, le choix du texte s’est reposé avec les mêmes désirs et les mêmes contraintes.

Mon choix s’est dirigé cette fois-ci vers La résistible ascension d’Arturo Ui, d’après Brecht. Il relève aussi de l’évidence. Comment résister justement à l’envie de demander à des hors-la-loi de jouer d’illustres gangsters ? Fiction et réalité s’entremêlent.

Même si les lois du milieu ont changé, que certains pourraient éprouver une sorte de nostalgie pour le « grand style authentique » de Capone et d’autres de ses collègues, les protocoles d’alliance, de corruption, de conspiration et de trahison, demeurent immuables.

Les détenus font partie prenantes des rouages de la machine même s’ils la dénoncent par leurs actes et souvent à leur corps défendant. Et c’est justement cette dualité associée à la réflexibilité de l’enfermement qui leur confère une analyse impitoyable de la société et des rapports humains.

Les grands sujets historiques les passionnent, ils se sentent intimement liés par les revers de l’Histoire et ils ont soif d’appendre. Parler d’Hitler, si métaphorique que soit la pièce, a un sens pour eux. C’est pourquoi, après m’être questionné sur le traitement des cartons historiques dont Brecht ponctue l’action, j’ai préféré les affirmer plus encore en les faisant dire par un personnage inventé, une sorte de « professeur de mémoire ».

Rien n’a facilité le travail de l’atelier théâtre : espace réquisitionné pour autre usage, fouille impromptue, dégradation du matériel, transferts, accidents, hospitalisations, punitions, détenus non appelés. Nous avons travaillé dans la contrainte et dans l’absence. On s’accommode mais jusqu’à un certain point.

À défaut de rigueur, nous avions le désir. »