Hamlet

atelier-spectacle

lieu Maison d’arrêt de la Santé, Paris

période janvier à juin 2003

dans le cadre d’une convention avec le Théâtre de la Cité Internationale, la DRAC Ile-de-France, la Direction régionale de l’administration pénitentiaire et le SPIP de Paris

intervenant.e.s Judith Depaule

participant.e.s 15 détenus hommes

volume horaire atelier hebdomadaire de 3h

restitution 6 représentations à la Maison d’arrêt de la Santé devant les autres détenus, les travailleurs de la prison et des invités extérieurs

réalisation CD des chansons du spectacle (disponible sur demande)

Les murs de la prison de la Santé semblent porter dans leurs pierres le questionnement métaphysique du prince du Danemark. « Être ou ne pas être, c’est la question. » Guidé par une intuition, le choix d’Hamlet, d’après Shakespeare, s’est transformé en évidence. D’une actualité et d’une cruauté accrues, la langue de Shakespeare a trouvé dans le cadre de l’atelier une nouvelle force. Nous avons choisi de faire des monologues un chant choral, car qui est en mesure de ne pas émettre des doutes sur sa propre existence ? Qui ne s’est pas identifié, l’éclair d’un instant, au personnage d’Hamlet ? La légende danoise crie à l’injustice mais reste aujourd’hui froidement lucide. Elle résonne à l’intérieur, plus encore que dehors. Il a été fait avec les détenus le pari de la transmettre au plus juste, dans ce qu’elle a d’essentiel. Parler d’un jeu d’enfants ferait croire à un conte. Nul n’était censé connaître ce qui pouvait nous attendre. L’empêchement à faire, c’est avec évidence, la situation. La libération des membres de l’atelier, le mal être des autres, ont régulièrement mis en péril un équilibre fragile. Nous avons été dépossédés à plusieurs reprises d’un des rôles majeurs, et, en dernier lieu, la veille de la première représentation, mais il en fallait d’avantage pour nous décourager. Le spectacle devait trouver sa force dans la foi exemplaire de ceux qui le portent.

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EXTRAIT DE LA RESTITUTION

EXTRAIT

ÉPILOGUE ÉCRIT PAR FARID, DÉTENU

Prison dorée, sans lumière, prisonnier, espoir bloqué, injure du temps, lenteur de la loi, brimade, placard, parloir, bafoué, gémir, suer, folie, blessé, affligé, cruel, incestueux, humiliation du pouvoir, prétoire, mitard, chefs d’œuvre de l’homme à travers l’univers, tombé en sursis, je divague dans cette cour jeté aux oubliettes de la société, je me proclame roi d’un espace infini, car ma vue baisse comme ma garde, fantôme je reviens à travers ses murs solitude pour t’envoyer un message (d’Armand Gatti)… M’inspire, respire, aspire à Shakespeare D’un autre temps à chaque instant, dans la cour des grands, fut un temps d’une reine, d’un roi, sans couronne, sans cœur, sans cour, trahir, souffrir, mourir, dormir, destin maudit, pleurer jusqu’aux portes de l’enfer un destin funeste… M’inspire, respire, aspire à Shakespeare Tel un spectre à travers le temps, inlassablement, perpétuellement, en mouvement qui ressurgit aujourd’hui pour rétablir l’histoire des vivants, stratégie pastorale, comique, historique, tragique, me glace le sang, outrage, misérable, esclave, horrible douleur, terreur du serpent sans sentiment, sans honneur a craché son venin pour dévier la justice, le gain même du forfait accompli en pleine lumière. M’inspire, respire, aspire à Shakespeare La pièce est dans nos têtes, mais l’homme est une bête, nous on doit réfléchir à dire, surveillant, mon seigneur, mon roi, mon directeur, quel avenir… M’inspire, respire, aspire à Shakespeare Tel Zidane, petit pont, je te regarde dans les yeux comme les bleus un coup perdant, un but gagnant, toujours présent, comme les miens dans cette cour, sages comme des images, on évite nos pires ennemis qui veulent nous ramener dans ce pays d’où nul homme ne revient car ils en ont fait leur destin. Nous aujourd’hui notre cœur s’ouvre pour vous réunir, pour construire un avenir, car demain on sera loin avec les nôtres dans une cour, sereins, le cœur heureux, mais les larmes proches. Judith, tel un Santini, nous tend sa main pleine d’espoir… M’inspire, respire, aspire à Shakespeare