Formation théâtre et vidéo

Ateliers en direction d'artistes professionnels

Lieu La Halle de la Gombe, Centre Culturel français de Kinshasa

Du 31/03/2010 au 10/04/2010

Dans le cadre d'un partenariat avec le Théâtre des Malaïka, le centre culturel français de Kinshasa et le Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa

Intervenant.e.s Judith Depaule

Participant.e.s Guy Rock Biembogo, Clovis, Don Diengue, Merlin Dianda, Dada Kahindo, Annie Lukayisu, Fabrice Mukala, Jean-Pierre Mumba, Chanterelle Piya, Chaida Suhusuku, Pitchou Tchovo et Jeannine Tshibola

Volume horaire 60h

Restitution le 9 avril 2010 à 19h à la petite halle de la Gombe du centre culturel français

Le théâtre, en Europe, se marie de plus en plus souvent à la vidéo et a recours aux nouvelles technologies, symptôme d’une époque où l’image et l’informatique sont toujours plus récentes et contaminent toutes les sphères d’activité. Nos paysages quotidiens ne l’imaginent plus sans elles. Quelle forme la vidéo doit-elle avoir et quel rôle peut –elle jouer dans un spectacle ? Comment se construit-elle ? Quelle mise en scène et quel jeu pour les comédiens implique-t-elle ?

Judith Depaule, qui utilise systématiquement la vidéo dans ses spectacles depuis plus de 10 ans, a exposé, extraits de ses mises en scène à l’appui, les différents usages de la vidéo au théâtre : vidéo « paysage » tendant à supplanter les décors traditionnels, vidéo « archive » qui comme son nom l’indique a pour fonction de témoigner, vidéo « personnage » qui peut doubler les personnages dans un spectacle ou en faire apparaître d’autres, vidéo « texte » qui se substitue à lui, le complète ou le prolonge, vidéo « lumière » produisant de la lumière en mouvement. Ont été également détaillés les modes, les supports et les outils de projection : comment et sur quel support peut-on projeter et avec quels dispositifs techniques.

Au cours du stage, les participants ont travaillé à partir d’un texte russe contemporain d’Ivan Viripaev, Oxygène, qui sera monté par Judith Depaule, avec un usage particulier de la vidéo et présenté à la Petite Halle de la Gombe le 29 avril et repris dans plusieurs lieux de Kinshasa et au centre culturel français de Lumbumbachi. La pièce, écrite en 2001, est montée dans de nombreux pays avec succès. Par l’intermédiaire d’un homme et d’une femme (Elle et Lui), traversé par l’amour, elle parle d’une génération en manque d’air, à la recherche d’oxygène pour exister dans un monde à la dérive. La pièce se divise en 10 compositions, chacune inspirée d’un verset biblique.

Par équipes de quatre (un metteur en scène, un vidéaste et deux acteurs), les stagiaires se sont emparés d’une des parties de la pièce. Le groupe 1, composé de Jeannine Tshibola pour la mise en scène, de Pitchou Tchovo pour les images, et de Chaida Suhusuku et Merlin Dianda pour le jeu d’acteurs, a choisi la composition 1, intitulée « Un baladeur sur les oreilles ». Le groupe 2, qui réunissait le metteur en scène Don Diengue à la mise en scène, le réalisateur Clovis et les comédiens Dada Kahindo et de Fabrice Mukala, a porté son dévolu sur la composition 8, « Les perles ». Et, enfin, le groupe 3, constitué d’Annie Lukayisu à la mise en scène, de Jean-Pierre Mumba à la réalisation, et de Chanterelle Piya et Guy Rock Biembogo au jeu , a travaillé sur la composition 6, « Sans sentiments ».

Chaque groupe a fait une analyse dramaturgique de la composition qu’il avait choisie et a pensé au type d’images qu’il souhaitait y associer en justifiant de ce qu’elles pouvaient apporter au texte. Une fois les images définies, un plan de tournage a été établi. Les participants ont brièvement été formés à l’utilisation d’une caméra vidéo, à la notion de cadre et de valeur de plan, de caméra portée ou posée sur un pied. Les équipes sont ensuite parties en repérages puis en tournage. Des images ont été tournées sur place, au centre culturel français, d’autres ont nécessité des déplacements en ville, d’autres encore ont été récupérées sur internet ou extraites de DVD. Comme dans tout tournage, les images ont été sélectionnées et montées en concertation avec la formatrice. Certaines d’entre elles ont demandé un travail de recomposition, du texte a été généré par ordinateur. La question du son s’est également posée et il a plutôt été choisi d’avoir des séquences vidéo muettes ou ayant recours à des sons additionnels : musique, voix enregistrée…

Parallèlement au travail de vidéo, les groupes ont commencé le travail de répétition et à mettre en place une mise en scène. Il a été demandé aux comédiens de respecter à la virgule près la ponctuation du texte, celle-ci étant primordiale et induisant une diction et une respiration particulières. L’auteur a souhaité faire entendre ainsi la danse que l’oxygène accomplit dans les poumons de ses personnages. L’ordre des vidéos, leur emplacement et leur support de projection ont été tranchés et les équipes ont pu répéter avec l’image et trouver des interactions avec les projections.

Le premier groupe s’est plutôt attaché à des représentations métaphoriques sur le couple et la naissance (ombres suggestives sur l’accouplement, ventres de femme enceinte à terme, tamis tenus par une main masculine et une main féminine, paire d’yeux reconstituées à partir d’un œil de femme et un œil d’homme…), le second a construit toute sa partition vidéo autour de la notion de match en filmant une partie de dames jouées par les mêmes acteurs que ceux de la composition et en donnant à voir des images de sport (montage de très courtes séquences de catch et de football, arbitre sifflant l’arrêt du math et affichage du score final), le troisième a cherché a représenter le subjectif des personnages débattant de leur problèmes de sexe (cours d’eau, Lumumba au titre d’idole, yeux, fesses et jambes de femme, couple d’enfant avec une petite fille la tête en bas et les pieds en l’air, petite fille se grattant avec frénésie la tête).

Enfin, la restitution a réuni la somme de toutes ses étapes et a fait découvrir au spectateur trois petites formes scéniques intégrant de la vidéo, comme trois propositions esthétiques abouties et autonomes. Bien évidemment dix jours de stage ne suffisent pas à faire le tour de la question, mais chaque participant repart en ayant découvert l’écriture d’un auteur, en ayant entrevu le panel des possibilités d’une nouvelle écriture scénique mais aussi ses exigences, reste encore la question de sa faisabilité technique dans une ville comme Kinshasa.