Je passe – Articles de presse

marsactu.fr / Michel Samson / "Je passe et reste" / 27 Mars 2018

Je passe et reste

Après avoir chroniqué la justice et plus récemment la campagne électorale pour Marsactu, le journaliste et écrivain Michel Samson revient dans nos colonnes pour reprendre, à sa façon, l’analyse de la vie artistique locale. Et suivre par la même occasion une saison culturelle marquée par les grandes ambitions de MP2018. Cette semaine, en fréquentant la biennale des écritures du réel, Michel Samson a croisé des récits de migrations, « difficilement supportables et superbes ».

« Je passe…1&2 », ce sera « sept comédiens pour sept groupes de spectateurs », explique le programme de la Biennale des écritures du réel. Ce dimanche après-midi dans l’église Saint-Ferréol du Vieux-Port on est donc sagement installé par petit groupe sur des chaises disposées en U. Ainsi annoncée l’après-midi parait tranquille.

Une jeune comédienne (de l’ERACM), s’assied devant nous, pose la tablette sur sa poitrine, on y voit, filmé mais immobile, le visage d’un jeune homme. La jeune femme raconte le parcours de ce jeune homme, nous regarde de temps en temps, visage grave. « J’ai été élève aux Beaux Arts, je viens de Syrie, c’est un état de peur qu’ils ont planté en moi. Emprisonné depuis 3 mois : ce sont des gens de mon pays qui m’ont emprisonné. Pour moi la Syrie c’est fini. J’ai réussi à envoyer une lettre à l’ambassade de France à Beyrouth, j’ai obtenu un visa pour la France. » Écran noir sur la tablette de la comédienne qui la caresse de son index, il se rallume, on y voit le jeune homme jouer du oud, chanter ; puis il dessine un visage au carbone. Silence. La jeune femme s’en va, arrive un jeune homme.

Il installe lui aussi sa tablette sur sa poitrine, apparaît un homme mur, chauve, boucles d’oreille, son crâne est tatoué. La voix du jeune homme : « Je viens d’Azerbaïdjan, je suis né homosexuel, l’homophobie est déclarée, dans le village tu dois te cacher. Mon frère me dit qu’on est déshonorés si les voisins apprennent qu’il y a un tel homme dans notre famille, ‘je vais t’exécuter’. J’ai été dans un état de peur aiguë, je pensais que j’étais malade. Je suis arrivé par la Finlande, l’Allemagne, la Belgique et maintenant je suis en France ».
Un autre jeune comédien arrive, nous regarde. Sur sa tablette un homme noir, pipe à la bouche, « d’abord je suis écrivain, j’ai été emprisonné et torturé, condamné à mort… », une campagne d’Amnesty International a obtenu sa libération, lui un visa pour la France ; quand il passe la frontière un douanier qui ne le connaît pas l’aide. Tablette noire, index du comédien pour la remettre en marche, l’homme à la pipe, écharpe multicolore sur la tête, chante.

Vient ensuite le récit d’une femme qui a quitté la Côte d’Ivoire. « J’ai pris la route du Mali, je voyais des gens qui mouraient, un homme m’a vu attendre à la gare, il ne m’a rien demandé, il m’a emmené jusqu’au HCR [Haut commissariat aux réfugiés, ndlr] en Mauritanie ». Même dispositif pour le récit d’un jeune homme barbu arrivé du Congo Kinshasa : « Il y avait des viols, la guerre », récit terminé on le voit sculpter en terre glaise le corps courbé d’homme assis.

Ces récits racontés d’une voix calme par ces sept comédiens qui se sont installés devant nous en nous montrant des visages filmés sont terribles : pendant ces 58 minutes, la réalité de ces trajectoires de souffrance et toujours au bord de la mort est difficilement supportable. D’ailleurs leur effet a été si fort que je n’ai pas eu la force de rester pour une deuxième partie d’encore 58 minutes… Il y a des moments où le tragique de la représentation du réel est difficilement supportable.

Le mardi soir à la Friche Belle de Mai, se jouait D’Ailleurs : une troupe de jeunes marseillais et de jeunes arrivants est mise en scène par Karine Fourcy qui a écrit le texte avec eux –pour eux ? Ils sont seize, toutes tailles, toutes couleurs, arrivent de tous côtés sur le plateau gris, parlent en même temps, s’apostrophent : « Ils viennent en France pour en profiter », « de la lucidité ! », « que ma fille se fasse violer », crient-ils à un jeune homme bien sur lui qui leur explique qu’il n’y a rien à craindre de l’arrivée de ces migrants. Rupture : tous se déchaussent, une jeune femme s’avance sur le plateau désert : « Je suis Égyptienne ».

Elle raconte qu’elle est venue rejoindre sa famille, timide, presque gênée. Un autre raconte qu’il est parti d’Albanie, on perçoit encore son accent étranger. Balade musicale, les acteurs forment un groupe compact, dansent doucement de concert, l’un en sort, la toute petite se glisse sous les bras du grand, à l’arrière de la troupe un autre semble jaillir au-dessus des autres, lente chorégraphie groupée… Ils se dispersent, elle joue une avocate, seule, enrage, « je défends les lois », elle hurle, en a presque les larmes aux yeux ; ils se retrouvent en groupe, jouent avec les mots, se moquent d’eux, de la France, des regards qui les scrutent…

Une heure et demie captivante, drôle, émouvante encore quand une autre jeune femme raconte comment elle a eu peur de passer la frontière des Alpes. Leur ensemble se forme et se dissout, tous jouent à la perfection… Applaudissements, ils reviennent saluer, c’était leur première, ils sont ravis, étonnés. D’ailleurs est un spectacle fort, qui mêle réel et imaginaire, vraie vie et rêves, mots et gestes, danse et jeu…

Après cette pièce, me revient le souvenir de ce jeune homme noir dont le comédien, tablette sur la poitrine, racontait la vie dimanche après-midi dans Je passe…1&2. Il a traversé la Libye « là aussi c’était la catastrophe, j’y suis resté huit mois, sur le bateau qui pouvait transporter 100 personnes on était 200, on est 78 à être arrivés ». Le récit de l’acteur à tablette s’achève, sur le petit écran on voit le rescapé qui chante et rit. Je passe…1&2 était créé par l’Atelier des artistes en exil « qui s’efforce de leur donner des moyens de poursuivre leur pratique et de se restructurer ». C’était difficilement supportable et superbe.

Lien vers l'article original
Publication du Collège des Bernardins / IREMMO / "Associer l'art à la recherche" / mai 2018

Associer l'art à la recherche

Publication Collège des Bernardins _ Je passe 3

Publication Collège des Bernardins _ Je passe 3

Lien vers l'article original
Publication de Lien Social / Frédérique Arbouet / "Regardons-nous" / 12 novembre 2018

Regardons-nous

IMG_8563

ubiquité-cultures.fr / Brigitte Rémer / "Je passe" / 15 mars 2019

Je passe

Performance – conception et mise en scène Judith Depaule, d’après les récits d’artistes de l’atelier des artistes en exil – réalisation vidéo  Samer Salameh – à l’Institut du Monde Arabe.

Sept cercles de chaises délimitent des espaces d’intimité où le public, en arrivant, se répartit. Quand le spectacle commence, du fond de la salle sept actrices et acteurs se regroupent. Un à un ils prennent place, chacun dans un cercle. Ils ont dans les mains une tablette et un discret haut-parleur et circuleront de groupe en groupe selon un code commun à tous, comme une chorégraphie, ou un rituel de passage. Ils s’assiéront parmi les spectateurs, entrant dans le cercle, allumeront leur tablette. Un portrait s’affichera d’un artiste en exil qui fera face au public, pendant que l’acteur raconte. A la fin de la séquence – et toutes les séquences se terminent en même temps, d’un bout de la salle à l’autre – on verra l’artiste à l’œuvre, dans sa discipline : chant, musique, dessin, peinture, écriture etc.

Dans la diversité des récits et des géographies, chaque spectateur rencontre sept visages, sept itinéraires de vie, sur l’avant de l’exil, le pourquoi, le comment de leur arrivée en Europe : Je suis né(e) en/ année de naissance… nom du pays… Elle/il parle de sa formation, de sa profession, de sa famille, puis de la guerre, de la prison et de la torture, de la peur.

Le premier récit de vie qu’il m’est donné d’entendre vient de Syrie. C’est une jeune femme, artiste formée à l’école des Beaux-Arts de Damas qui se raconte et parle de cet état de peur, permanent, qui anéantit. « J’ai participé aux manifestations mais je ne voulais pas faire la guerre. Je suis partie pour la France » dit-elle pudiquement.

Née en Iran, la seconde a étudié la peinture mais « en tant qu’artiste on ne peut pas se montrer » il faut se cacher. Mariée à un étranger dont le contrat n’a pas été renouvelé, elle a subi pressions, interrogatoires et perquisitions, toute activité liée à l’étranger étant jugée suspecte. « Sentir l’exil c’est ne plus voir ta famille » c’est les parents qui disparaissent sans que l’on puisse ni les revoir ni les accompagner. A l’arrivée le dépaysement est garanti « autour de soi tout est nouveau. » Cette artiste chante l’exil tandis que sa peinture apparaît sur l’écran.

Réfugié politique, le troisième visage vient de Kinshasa. Opposant au régime il parle des manifestations et de la répression, des menaces, de la prison, des tortures, des évasions. Par l’aide de réseaux plus ou moins mafieux il réussit à quitter le pays. Arrivé à Roissy le passeur le largue comme un paquet et sans papiers, dans l’anonymat de l’aéroport, sa langue – le lingala – pour seul bagage. On le voit sculpter la terre – un prisonnier assis au sol, mains dans le dos – son travail témoigne de sa vie.

Le quatrième témoignage vient du Soudan et des changements géographiques imposés par la situation. L’homme, alors enfant, a suivi sa famille entre le Tchad puis la Libye. Il parle des printemps arabes où les cartes se sont rebattues dans la confusion générale. Il évoque le fait d’être noir en Libye, un handicap de plus. Son père et son frère sont tués sous les bombes lâchées sur la maison, dans un quartier décimé. Il parle de sa vie cachée, pour déjouer le pire, évoque les exactions dont il fut témoin : décapitation, vente d’hommes et de femmes, viols. Il parle de la nécessité de partir et des destins qui se brisent par centaines dans ce qu’il nomme le cimetière bleu. Là-bas il était traducteur.

La cinquième est une femme afghane arrivée en France il y a deux ans et demi. De son pays elle garde la misogynie généralisée dans les transports, la rue et partout, le harcèlement sexuel à l’entrée de l’Université. Elle parle de petite enfance sinistrée, violée, des mariages forcés, du manque d’éducation. Elle est designer et crée des costumes. On la voit, pinceau à la main, dessiner la mode avec une grande finesse.

La sixième histoire de vie est celle d’un homme né au nord Soudan. Il est écrivain. Quitter son pays n’était pas sa volonté. Il accuse son gouvernement d’avoir bâillonné le peuple pour mieux l’exterminer. Il parle des quatre cents langues de son pays et de l’écrit remontant à plus de cinq mille ans. Il parle de prison, de torture, de sa vie là-bas qui le condamna à mort après la destruction de sa maison et du journal qu’il avait créé. Il raconte sa fuite, les faux-papiers et son changement d’identité, les trahisons, les risques, le soutien des organisations humanitaires. Il parle de l’asile politique et du Haut-Commissariat aux réfugiés. Il parle de la peur. Dans sa djellaba blanche et coiffé d’un turban, il est conteur-chanteur.

Le septième parcours de vie nous mène en Azerbaïjan où Azeris et Iraniens se mélangent, où vivre sa sexualité est impossible et oblige à ne pas être soi, à dissimuler. Chez les Azeris porter une boucle d’oreille vaut aveu d’homosexualité. Pour exister, « tu dois tout le temps faire l’acteur. » Menaces à la famille. Peurs permanentes. Assignation à résidence. Coups. Absence de preuves. Obligation de partir. Il raconte son voyage dans les cales des bateaux et son tour d’Europe non choisi. Il écrit pour nous Politic/Poétic. Refused/Réfugié Refusé. Autour de ses mots, quelques enluminures.

Pour le spectateur le parcours est rude mais salutaire et le concept élaboré par Judith Depaule –  d’envoyer ces bouteilles à la mer – fonctionne magnifiquement et sobrement, avec ses acteurs-conteurs. Ensemble ils recréent de la dignité en donnant des visages à l’exil. Fondatrice de la compagnie Mabel Octobre en 2001 après de nombreuses collaborations artistiques, Judith Depaule avance sur des sentiers où elle s’engage personnellement. Elle crée le plus souvent ses propres textes à partir d’une base de recherche documentaire qu’elle croise avec le multimédia, anime des ateliers-spectacles avec les détenus, les primo-arrivants en France, le milieu scolaire et universitaire, les amateurs.

Cette performance, qui nous plonge dans les drames d’aujourd’hui et les espoirs de nouvelles vies, sera suivie d’autres rencontres, en avril, juin et octobre.

Lien vers l'article original
Openedition.org / Anne Volery / "Langue, art et exil. La troisième édition du festival Visions d’exil" / 2019

Langue, art et exil. La troisième édition du festival Visions d’exil

Langue, art et exil. La troisième édition du festival Visions d’exil

Entretien avec Judith Depaule, co-fondatrice et directrice de L’atelier des artistes en exil.

La troisième édition du festival Visions d’exil aura lieu en novembre 2019. Pensé à partir des ressources de L’atelier des artistes en exil (aa-e), le festival Visions d’exil aura pour thème la question de la langue. Sa programmation mobilise des artistes d’univers très différents : plasticiens, performeurs, acteurs, danseurs, photographes. Tous, par leurs travaux, témoignent de questionnements sur « les conséquences du changement de langue ». La multiplicité des formes présentées, les interactions qu’elles font naître montrent à la fois la vitalité et la qualité des artistes réunis ici, mais aussi l’originalité et l’intérêt d’un lieu comme L’atelier des artistes en exil.

Expériences de l’altérité, sonorités et poids des mots, langues et identités, droit à la parole, le dessin ou encore le mouvement comme langage universel…, le thème de la langue amène de multiples questionnements s’incarnant dans de multiples formes. À travers les artistes et les œuvres présentés, Visions d’exil offre à voir la diversité des formes et des expressions qui émergent de l’expérience de l’exil ou qui sont traversées par elle.

Lien vers l'article original
sceneweb.fr / Anaïs Heluin / "Visions d’exil, le festival de tous les déplacements" / 06 novembre 2019

Visions d’exil, le festival de tous les déplacements

Créé en 2017 par Judith Depaule et Ariel Cypel, l’Atelier des artistes en exil organise du 1er au 30 novembre 2019 la 3ème édition de son festival pluridisciplinaire Visions d’exil. La partie émergée d’un travail quotidien d’accompagnement professionnel et administratif des artistes réfugiés.

Avec deux installations, une performance, un spectacle de danse, un défilé-performance et un concert, la soirée d’ouverture de Visions d’exil au Palais de la Porte Dorée a donné les couleurs, multiples, de la troisième édition de ce festival porté par l’Atelier des artistes en exil (AAE). Une structure d’accompagnement des artistes réfugiés unique en France qui, en trois ans à peine, a su s’imposer dans notre paysage culturel. Et lui donner un visage un peu plus ouvert, davantage en résonnance avec les violences de l’époque. Celles de l’exil en particulier, « qui déplace les corps et tant d’autres choses avec eux », qui est « perte et libération, entre douleur et émancipation », écrivent dans leur édito les directeurs de la structure, Judith Depaule et Ariel Cypel.

Pendant un mois, quatre lieux parisiens – le Palais de la Porte Dorée, le Musée national Eugène-Delacroix et la Salle Principale – ainsi que la Dynamo de Banlieues Bleues à Pantin ouvrent leurs portes aux artistes programmés par l’AAE. Parmi lesquels une majorité d’artistes en exil, et d’autres qui ne le sont pas mais qui s’intéressent au sujet. Afin d’offrir une approche plurielle de la question de la langue, au cœur de cette édition de Visions d’exil. Pour Judith Depaule, « un artiste en exil n’a selon moi ni plus ni moins de légitimité pour traiter du déracinement qu’un artiste qui ne vit pas le déracinement. Cela vaut pour n’importe quel autre sujet. Il est important de multiplier les expressions, les points de vue. Tout comme il faut respecter les réfugiés qui souhaitent oublier leur situation, ses difficultés, de la même manière que les activistes ».

Avec l’installation The Man from Mars, on découvre l’univers de Ramo. Un plasticien marocain contraint de s’installer en France en 2015, membre de l’AAE depuis 2018. Sur deux pyramides de cubes blancs, des mots portent, explique l’artiste, « des éléments de langues et de leurs fonctions ou dysfonctions, librement inspirés d’auteurs qui ont été un jour étrangers ou influencés par des cultures étrangères (Nabokov, Lorca et Gibran) ». Des auteurs dont la poésie résonne en voix off, tandis qu’à côté, des étudiants en art activent le dispositif Des papiers imaginé par un collectif d’artistes issus de pays éloignés : la Corée du Sud, les États-Unis et la France. Interrogeant les curieux sur la situation d’exil et sur les papiers qu’elle produit, ils mettent en marche des algorithmes qui croisent les mots du public avec des archives de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Au milieu des visiteurs venus nombreux – plus de 1500, entend-on dire avant le concert du groupe d’électro orientale 47SOUL qui clôt la soirée – découvrir les propositions entièrement gratuites du festival, des hommes avec un poste de télé en guise de tête donnent à entendre des discours historiques en faveur de l’indépendance du continent africain. Cette performance du plasticien et performeur sud-africain Yannos Majestikos, membre de l’AAE depuis 2018 s’éclipse pour laisser place au Corps en transe du danseur et chorégraphe congolais Daouda Nganga, puis à Contamination du jeune créateur de mode et « artctiviste » tunisien Ayoub Moumen. Un défilé-performance où il déploie un « langage vestimentaire » sans concessions, aussi bien envers le milieu de la mode qu’envers les représentations dominantes de l’exil. Réalité qui pour lui « n’est pas un thème de création, mais une histoire vécue qui apparaît dans mes créations à travers des motifs récurrents, des morceaux de fiction ». À travers, en l’occurrence, des silhouettes habillées de chutes de tissu, de divers matériaux récupérés et chaussées d’un seul soulier. Façon migrant, façon naufragé.

Soutenus comme plus de 200 autres personnes par l’AAE dans leurs démarches artistiques aussi bien qu’administratives, ces artistes questionnent tous leur langage, leur vocabulaire, en même temps qu’ils l’inventent. Sans jamais aborder de manière frontale les raisons qui les ont poussés à quitter leur pays, sans formuler le déchirement. Ce que font les sept artistes de l’AEE dont Judith Depaule a recueilli les témoignages pour créer la troisième partie du cycle Je passe, présenté le 2 novembre au Palais de la Porte Dorée. Un spectacle qui documente le moment du départ grâce à des portraits vidéos et des récits portés par de jeunes comédiens issus de l’ERAC de la manière la plus neutre possible. Donnant ainsi à entendre sans pathos, avec la distance juste, la diversité des parcours des réfugiés. Et celle des esthétiques grâce auxquelles ils partagent ce vécu dont Judith Depaule met bien en avant la complexité. L’ambivalence.

Au nombre et à la grande variété des œuvres présentées lors de ces deux premiers jours de Visions d’exil, on devine la richesse de toutes celles qui feront la suite du festival. Et de celles qui verront le jour ailleurs, car « pour de nombreux professionnels, l’AAE est devenu une référence. Nombreux sont ceux qui viennent découvrir les artistes que l’on programme, ou qui nous demandent conseil pour leur programmation ». Judith Depaule se réjouit aussi de constater que sa structure « s’est aussi imposée dans le milieu associatif ». Une chose précieuse, dans un contexte général de tension entre ce milieu et celui de l’art. Réussite qui ne peut qu’encourager les artistes réfugiés à s’adresser à l’AAE, dont les six salariés, les quatre services civiques et la quarantaine de bénévoles s’occupent au mieux, bien qu’en sous-effectif par rapport au nombre croissant de membres. « Il faudrait pouvoir embaucher à mesure que les demandes augmentent », observe la directrice. « Mais dans l’immédiat, nous attendons surtout d’être logés dans un lieu conforme à nos besoins ». Ce qui n’est pas le cas du local de Quai de la Rapée attribué à l’AAE après qu’il ait dû quitter son grand nid de la rue des Poissonniers dans le 18ème arrondissement. « Les artistes en exil ont besoin d’une maison-refuge ». En attendant, Visions d’exil continue de déplacer les regards.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Lien vers l'article original
switchonpaper.com / Christophe Rinaudo / "Passagers de l'art, Judith Depaule et l'atelier des artistes en exil" / 11 mars 2020

Passagers de l'art, Judith Depaule et l'atelier des artistes en exil

Lien vers l'article original
switchonpaper.com / Christian Rinaudo / "Art’s Passengers, Judith Depaule and the Agency of Artists in Exile" / 11 march 2020

Art’s Passengers, Judith Depaule and the Agency of Artists in Exile

Lien vers l'article original