Corps de femme 2 – le ballon ovale – Articles de presse

Radio Cité Genève / Yann Bellini / "Corps de femme" / 16.05.14

Corps de femme

Yann Bellini reçoit Judith Depaule pour nous présenter « Corps de femme », un ensemble de trois pièces de théâtre et une exposition présenté au Théâtre St-Gervais.

En écoute ici : lien.

Lien vers l'article original
Le nouveau blog de Barbara Polla / Barbara Polla / "Corps de femmes !" / 14.05.14

Corps de femmes !

Corps de femme 3 - les haltères

Judith Depaule nous est venue de Paris, pour filmer des femmes, en Suisse romande, corps et âmes, dans nos villes et nos campagnes, dans nos salles de sport et d’entraînement, dans les rues et les piscines, judo, tir à l’arc, boxe, roller… Il en résulte une exposition remarquable à Saint Gervais. Les femmes racontent. L’infirmière qui fait de la boxe. La tireuse à l’arc. La triathlète. Le sol est marqué comme une salle de gymnastique, l’espace vide laisse la place à nos propres corps, trois grands écrans nous proposent douze portraits, à choix, à écouter, admirer, mélanger, méditer.

La menue Judith Depaule à l’irrésistible sourire, à l’invincible ténacité, qui fut lauréate de la Villa Medicis hors les murs, s’est vue surprise par notre pays et les difficultés racontées par les femmes – peut-être les hommes aussi ? – pour arriver au sommet de leur art sportif. Leurs terrain de sport sont vides de sponsors, indispensables pourtant à l’entraînement le plus intensif. Je lui expose ma théorie de la « pyramide inversée » que je défendais déjà à l’époque où Samuel Schmid était notre « Ministre des Sports » comme on dirait dans l’Hexagone. L’idée est que pour faire vivre le sport auprès du plus grand nombre, c’est la pointe de la pyramide qu’il faut soutenir d’abord, et non la base. En soutenant les meilleurs, on génère des icônes, des modèles, des espoirs, auxquels les plus jeunes se réfèrent alors avec passion. En générant des modèles, on génère aussi des sponsors… Elle s’est vue admirative aussi de l’ouverture des spectateurs : car l’artiste – « artiviste » comme on appelle parfois ces artistes porteurs d’un message socialement, politiquement très fort – est aussi metteure en scène et propose un magnifique spectacle en forme de trilogie – un spectacle dont je vous avais parlé précédemment (lien) et je vous le redis : allez voir !

Allez voir le Ballon Ovale aujourd’hui et demain et les Haltères vendredi et samedi : à 19h mardi, jeudi, samedi ou 20h30 mercredi et vendredi, une heure de spectacle passionnant : Nurcan Taylan, première sportive turque à avoir décroché l’or olympique, et les joueuses de l’Athlétic Club Bobigny 93 rugby et le Rugby Club Soisy Andilly Margency 95 s’expriment sur les raisons de leur engagement, la façon dont elles se perçoivent et sont perçues par les autres. Sur scène : des images projetées des sportives et une comédienne (ou une danseuse) qui restitue leurs paroles et leurs gestes.

C’est au Théâtre Saint Gervais (lien) et voici un cadeau : le billet « normal » est 25 CHF – mais si vous allez à Saint Gervais d’ici ce samedi soir, seul/e ou accompagnés, présentez-vous au guichet en disant : j’aimerais un « BILLET BLOG » – votre billet ne vous sera alors facturé que 12CHF.

Un cadeau de Judith Depaule, pour vous, chers lecteurs et lectrices. Un cadeau de culture, physique, mentale et poétique…

Merci Judith, et bravo !

Lien vers l'article original
La Tribune de Genève / K.B. / "Le sport dans le corps" / 13.05.14

Le sport dans le corps

Versant scénique de l’exposition homonyme visible à Saint-Gervais jusqu’au ler juin, Corps de femme se subdivise en trois parties que sa créatrice Judith Depaule égrène au fil de la semaine. Lancer de marteau, rugby et haltérophilie: des disciplines normalement associées au corps masculin. Mais comment leur corps détermine leur sport, et comment leur sport se vit dans leur corps: ces questions s’adressent ici à des championnes femmes. De quoi tordre le cou aux idées reçues.

Le sport au crible du genre dans « Corps de femme ».

Corps de femme 3 - les haltères

Lien vers l'article original
Le Courrier de Genève / Laura Steen / "Les femmes, des athlètes comme les autres?" / 12.05.14

Les femmes, des athlètes comme les autres?

STÉRÉOTYPES • Une femme choisira la danse, un homme le rugby ? Des clichés que l’artiste Judith Depaule tente de déconstruire, cette semaine au théâtre St-Gervais, à Genève.

Corps de femme 3 - les haltères

Les sportifs sont-ils destinés à faire et les sportives à plaire ? Comme si, depuis Pierre de Coubertin, qui ne pouvait imaginer des « olympiades femelles », la misogynie n’avait toujours pas quitté les vestiaires ? C’est du moins le parti pris de Judith Depaule, metteuse en scène française, qui pose ses valises cette semaine au Théâtre St-Gervais, à Genève, pour y questionner le genre dans le sport. Et ce à travers deux événements: la représentation des trois premiers volets de sa quadrilogie théâtrale, « Corps de femme », et une exposition.

Élevée selon une vision égalitaire du monde, Judith Depaule s’est rapidement heurtée à la complexité de la dichotomie homme-femme dans sa pratique quotidienne. Selon elle, les artistes hommes sont plus facilement soutenus, alors qu’une femme doit sans cesse démontrer la pertinence de son travail. Mais pas question pour l’artiste de se poser en victime. Ce qu’elle souhaite, c’est « faire réagir la société », le théâtre étant là, avant tout, pour poser des questions, et non pour résoudre les problèmes.

En l’occurrence, en matière de stéréotypes dans le milieu sportif. « Dans l’imaginaire collectif d’une société masculine comme la nôtre, une lanceuse de poids n’aura pas de cou, aura des poils, des cheveux gras et une bouée autour du ventre ! », explique Judith Depaule.

JO: les tests de féminité

De fait, depuis la fin du XIXe siècle les femmes ont dû se battre pour avoir une place sur le podium. Un exemple: les tests de féminité. Même s’ils ont été abolis par le Comité international olympique en 1999, certaines femmes sont encore pointées du doigt.

Comme Caster Semenya, Sud-africaine, spécialiste du 800 mètres. En 2009, elle devient championne du monde à Berlin. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais l’athlète a une apparence masculine, une voix grave et fait de bons chronos. « Sa fédération a alors fait des tests de féminité », raconte Judith Depaule. Résultat ? L’athlète présente un hermaphrodisme rare. On l’a autorisée à courir de nouveau à condition qu’elle gère sa testostérone chimiquement…

Pour mener à bien son projet, Judith Depaule a rencontré des femmes qui pratiquent un sport a priori viril, masculin, à savoir le lancer de marteau, le rugby et l’haltérophilie. « À cause de l’image véhiculée dans les médias, je ne les imaginais pas capables de pensée réflexive », avoue l’artiste. Une erreur rapidement corrigée. Elle s’est rendue sur le lieu de travail de ces femmes et les a filmées dans leur quotidien, professionnel et privé. « Je suis partie de ce qu’elles m’ont raconté et je l’ai retranscrit à travers mon regard d’artiste. » Sur scène, cela donne un savant mélange de vidéos d’entraînement sur un fond sonore oppressant, tandis qu’une comédienne reproduit les gestes des sportives et clame un texte inspiré des interviews.

Le roller derby, sport « féministe »

Méthode identique pour l’exposition « Corps de femme – variation 2″. Au départ, il y a une rencontre avec dix-huit sportives romandes. Championnes notamment de roller derby, sport inventé dans les années 1930 qui connaît un regain depuis 2000 grâce aux milieux féministes américains. Le roller derby est une course sur piste ovale avec des joueurs montés sur patins à roulettes; pour l’un d’eux, il s’agit de dépasser l’équipe adverse, dans un temps donné.

Les joueuses sur patins ont leur petite idée de la suprématie masculine dans le sport. En l’occurrence Stephany, alias Moody Slapping, 25 ans, sélectionnée par l’équipe nationale suisse pour participer au Championnat du monde de la discipline à Dallas, en décembre. « Dans le roller derby, ce sont les hommes qui subissent la discrimination », justement à cause de ce renouveau féministe. Quant aux clichés de femmes brutales, sa collègue Gorana Shokola, 30 ans, répond dans un sourire : « Nous sommes des amazones. Pas des brutes ! »

Judith Depaule souligne combien toutes ces femmes ont du mal à répondre à la question de la féminité, « parce que c’est un concept social qui bouge selon l’époque ou le pays ». Cela se résume-t-il au chromosome X, au fait de porter des talons et des jupes ? Pour l’artiste, une seule recette pour déconstruire les stéréotypes : « Par l’éducation, il faut s’interroger sur la mixité et surtout sortir de la bicatégorisation. » Selon elle, la différence fait peur alors qu’elle devrait être pensée comme complémentarité.

Justement, la semaine dernière, une femme a été nommée pour entraîner une équipe de football masculine de deuxième division, en France. Pas de quoi crier victoire pour Judith Depaule. Le problème est trop profond, « la femme n’est pas un athlète comme un autre, puisqu’elle n’est pas un homme comme un autre ».

Corps de femme, Théâtre St-Gervais. Exposition jusqu’au 25 mai de 12h à 18h. Pièces de théâtre du 12 au 17 mai. Infos : www.saintgervais.ch

Lien vers l'article original
Radio Vostok / Ana Isabel / "Corps de femme" / 12.05.14

Corps de femme

Du 12-17 mai au théâtre St-Gervais, une trilogie de vidéo-documentaires soulevant la question du genre et de la femme athlète.

« Corps de femme » : Un spectacle en trois volets mais aussi une conférence (7 mai à 18h30 à Uni-Dufour) et une exposition qui traite des normes établies de notre société. Ce projet européen soulève des interrogations au sujet de la femme (au singulier) et son corps, plus particulièrement la femme sportive, s’adonnant à des sports traditionnellement considérés comme masculins tels que le rugby et l’haltérophilie et ce dans une société qui fige la femme dans une représentation fabriquée de la féminité. 

Sur scène ce sont des images projetées des sportives et une comédienne/danseuse qui restitue leurs paroles et gestes. Interview de Judith Depaule, metteur en scène.

En écoute ici : lien.

Lien vers l'article original
Le Temps / Nic Ulmi / "Sois belle, sois une brute et tais-toi" / 07.05.14

Sois belle, sois une brute et tais-toi

Sport – Le corps féminin est au coeur de l’enquête menée par la metteure en scène Judith Depaule

Conférence, expo et trois spectacles

Corps de femme 3 - les haltères

« Corps de femme 3 – les haltères ». Lanceuse de marteau, rugbywoman, haltérophile: une double injonction grève les corps des femmes sportives.

Il y en a qui croient que l’égalité entre hommes et femmes, c’est une mission accomplie. Judith Depaule comptait autrefois parmi ceux-là. « J’ai été élevée par la génération qui pensait qu’elle avait réglé le problème. A un moment donné, la réalité s’est entrechoquée avec les valeurs qu’on m’avait transmises. Je me suis rendu compte que ce n’était pas si simple », raconte la metteure en scène française, installée à Genève pour quelques semaines avec trois volets de sa quadrilogie Corps de femme, une exposition en forme d’enquête vidéo surie sport féminin en Suisse romande et une conférence, mercredi soir, sur le thème « Les femmes sont-elles des athlètes comme les autres? ».

La quête de réponses démarre en Pologne, en 2008. « C’est de là que vient la  première championne olympique de lancer du marteau. Et c’est là aussi que, pour la première fois, une athlète a échoué à un test de féminité. » Les propos recueillis auprès de la lanceuse Kamila Skolimowska sont confiés, sur scène, à une comédienne qui en stylise les gestes, accompagnée de séquences vidéo: premier volet. L’expérience sera répétée avec des joueuses françaises de rugby, puis avec la Turque Nurcan Taylan, championne du monde d’haltérophilie.

Propos abondants des coureuses de ballons ovales: « Je suis née dans le rugby. J’en ai toujours fait. Même enceinte, je jouais. » « Plus c’est gore et plus j’adore. » « Que je sois heureuse
ou triste, je pleure tout le temps. Au rugby, les nerfs se relâchent, je pleure encore plus facilement. » « Plus jeune je voulais être en équipe de France. Je voulais même jouer avec les garçons. Je pensais qu’ils ne nous sépareraient pas »… Propos plus laconiques de l’haltérophile turque: « Je n’aime pas trop dire que je suis forte. En même temps, je suis quelqu’un de très fragile intérieurement. »

« Fragile », cette fille de 1 mètre 52 qui soulève plus de deux fois son poids: une confession, un cri du coeur – ou un besoin d’adhérer malgré tout à l’imagerie courante de la féminité? « Dès qu’une femme pratique un sport dit violent, elle empiète sur le territoire masculin. Du coup, on regarde très attentivement à quoi elle ressemble, et il faut qu’elle fasse preuve d’une féminité exacerbée pour qu’on l’accepte. Il suffit de voir, ces dernières années, comment s’est développé le look des sprinteuses: supermanucurées, supercoiffées, pleines de bijoux », répond Judith Depaule. Double injonction grevant le corps féminin sportif : se conformer à des standards de performance définis par un cadre essentiellement masculin – et prouver qu’on est encore et toujours femme.

Qu’est-ce qui motive les filles à se lancer dans un tel parcours? Si le sport peut libérer, il traduit aussi des déterminismes sociologiques ou familiaux. « Les haltérophiles sont souvent issus de classes extrêmement populaires. C’est frappant, dans le cas de Nurcan Taylan, de voir que la fille d’un ouvrier travaillant dans la fonte en vienne à soulever de la fonte elle-même… » La lanceuse de marteau? « Elle est issue d’une famille où tout le monde a des physiques surdimensionnés. Elle a fait comme son petit frère, mais elle a été meilleure que lui. Alors on lui a dit: viens ici, toi, on va t’entraîner – ton petit frère ne nous intéresse pas… »

Et les filles du rugby? « C’est peut être une histoire de revanche à prendre sur quelque chose qui est contraint par le masculin, par la famille, par la culture. Un entraîneur remarquait que les filles dont le corps est très surveillé à la maison adorent le rugby parce que c’est un espace de liberté, tout en restant cadré aux yeux des familles. Il voyait ces filles s’épanouir, car enfin elles pouvaient être dans le contact, toucher l’autre, faire ce qu’elles voulaient de leur corps. » Comme le clame une des joueuses interviewées: « Je prends plaisir à faire un placage. Plus je rentre dans une nana, plus je suis contente. »

« Dès qu’une femme pratique un sport dit violent, il faut qu’elle fasse preuve d’une féminité exacerbée. »

En dépit du célèbre anathème de Pierre de Coubertin – « Les olympiades femelles sont inintéressantes, inesthétiques et incorrectes » – les femmes athlètes sont aujourd’hui presque partout. « Il y a des raisons économiques : ça signifie plus de gens qui cotisent, de nouveaux réservoirs. Et il y a des enjeux politiques, un potentiel de médailles », relève la metteure en scène.

Exemple vertigineux où les femmes deviennent de la chair à canon dans la bataille des médailles : l’Allemagne de l’Est de 1974 à 1989, sur laquelle Judith Depaule souhaite clôturer sa quadrilogie. « C’étaient souvent de jeunes filles juste avant la puberté, à qui on donnait des pilules d’hormones en leur disant qu’il s’agissait de vitamines. Tout à coup, elles s’apercevaient qu’il se passait de drôles de trucs dans leur corps, au niveau de leur voix, de leur pilosité… En même temps, elles n’osaient pas poser de questions. Elles ne savaient pas si c’était normal ou pas. » Volet plus ardu que les autres : « Pour l’instant, je n’arrive pas à trouver une femme qui veuille témoigner. A chaque fois, elles se rétractent. La blessure est encore très vive. Et un certain nombre de coupables sont encore en vie. »

Les femmes sont-elles des athlètes comme les autres? Conférence, mercredi 7 mai à 18h30, Uni Dufour (salle U300), Genève.
Variation 2. Exposition, 6-25 mai
Théâtre Saint-Gervais Genève.
Corps de femme. Compagnie Mabel Octobre et Judith Depaule, 12-17 mai, Théâtre Saint-Gervais Genève.
www.saintgervais.ch

Lien vers l'article original
Tribune de Genève / Muriel Grand / "Le Théâtre Saint-Gervais tire le portrait de femmes athlètes" / 06.05.14

Le Théâtre Saint-Gervais tire le portrait de femmes athlètes

Spectacles, exposition et conférence de la metteure en scène Judith Depaule explorent la pratique du sport féminin

Judith Depaule - Tribune de Genève

Légende : L’installation vidéo de Judith Depaule permet d’interagir avec le portrait filmé de douze sportives romandes. STEEVE IUNCKER GOMEZ

« Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Le rôle des femmes est de mettre la couronne sur la tête des vainqueurs. » Datant de 1912, ces propos sont le fait du créateur des Jeux olympiques modernes, Pierre de Coubertin. Une vision d’un autre temps, certes. Mais de nos jours, les femmes sont-elles vraiment des athlètes comme les autres? C’est la question que pose la manifestation thématique qui débute aujourd’hui au Théâtre Saint-Gervais.
Au coeur d’un dispositif comprenant spectacles, exposition et conférence se trouve la metteure en scène française Judith Depaule. Travaillant de longue date avec le théâtre, elle a proposé d’y présenter son travail autour des sportives. Plus particulièrement, des femmes ayant choisi un sport qu’on réserve habituellement aux hommes lancer du marteau, rugby et haltérophilie.

« Le sport est très théâtral »

L’artiste a mené une véritable enquête auprès de championnes dans ces disciplines. Caméra vidéo au poing, elle les a suivies dans leur pratique et dans leur intimité. Et a été très bien accueillie. Certaines athlètes lui ont même fait des suggestions sur la manière de filmer. « J’ai dû inventer une façon de capturer leur pratique qui diffère de celle qu’on a l’habitude de voir, qui soit plus artistique. »
Chaque discipline a donné naissance à un spectacle, comme autant de variations autour d’un thème. «Au fur et à mesure, ma réflexion a évolué vers quelque chose de plus physique, presque une performance», raconte Judith Depaule.

Tandis que des images des athlètes s’affichent sur écran, une comédienne incarne physiquement les différentes facettes de la pratique. « Le sport a quelque chose de très théâtral. J’ai développé et sublimé les éléments exploitables sur scène. Amplifiés, certains mouvements deviennent de la danse, par exemple. » Philippe Macasdar, directeur du Théâtre Saint-Gervais, a accepté avec enthousiasme de montrer ce travail. Mais il a demandé à Judith Depaule d’y ajouter un volet plus local. L’artiste a donc rencontré douze Romandes pratiquant à un niveau amateur ou olympique lutte, judo, boxe, tir à l’arc, skate, tchoukball ou ski nautique. « J’ai essayé de les laisser se raconter telles qu’elles sont: leurs motivations, leur ressenti, leur féminité et les problèmes auxquels elles se heurtent, notamment le manque de soutien officiel. »
Ces prises de vue sont mises en scène dans l’exposition à Saint-Gervais. Le portrait de chaque sportive se répartit sur quatre écrans avec lesquels le visiteur interagit. Tandis que se déroule l’interview sonore, on peut choisir de donner plus d’importance aux images de l’athlète en train de parler, à celles où elle pratique sa discipline ou à celles de sa vie privée. « Le public peut recréer la vision qu’il a de ces sportives, son propre stéréotype. » Sous une forme plus classique, les entretiens réalisés pendant cette en quête donneront naissance à un DVD documentaire.

Représentatif de la société

Dernier volet de cet événement thématique, une conférence de la metteure en scène sur sa démarche, organisée à l’Université. La Ville ne pouvait pas laisser passer une telle occasion de parler de discrimination par le genre ancrée dans le quotidien. « Le sport est très représentatif de la société, relevait hier Sandrine Salerno, maire de Genève. Dans la pratique sportive, l’inégalité demeure, que ce soit dans les moyens mis à dis position, la couverture médiatique ou la part de femmes parmi les dirigeants sportifs. » Les interrogations demeurent donc. Pour Judith Depaule aussi, qui ne peut tirer de conclusions sur la pratique sportive féminine: « Chaque cas étant différent, mon portrait est forcément mouvant. » Elle a cependant été frappée par les points communs entre sportives et artistes. « Le fait de consacrer sa vie à une seule activité, l’obsession, le renoncement… Parfois, j’avais l’impression d’avoir un miroir en face de moi. »

« Corps de femme », au Théâtre Saint-Gervais, rue du Temple 5.
Exposition du ma au di de 12 h à 18 h, jusqu’au 25 mai.
Spectacles du lu 12 au sa 17 mai.
Conférence me 7 mai à 18 h 30 à Uni Dufour, salle U300.
www.saintgervais.ch

Lien vers l'article original
La Terrasse / Manuel Piolat Soleymat / "Corps de femme au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines" / 02.03.13

Corps de femme au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines

Après Vous en rêvez (Youri l’a fait) en 2008 et Même pas morte en 2010, la metteure en scène Judith Depaule revient à la Scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines avec deux créations de la série Corps de femme.

Fondé en 2001 en Seine-Saint-Denis, le collectif d’artistes multidisciplinaires Mabel Octobre crée des œuvres qui interrogent « des zones de non-existence », qui mettent en œuvre « un travail de mémoire et de réhabilitation ». Directrice artistique de cette compagnie, la metteure en scène Judith Depaule présente Le Marteau et Le Ballon ovale au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines : deux volets du quadriptyque Corps de femme qui explore, « à travers des portraits de sportives qui s’adonnent à des sports considérés comme physiques et masculins », les critères de féminité. Entre confessions théâtralisées et projections de documentaires filmés, ces deux créations éclairent les parcours de la Polonaise Kamila Skolimovska (première championne olympique du lancer de marteau féminin, en 2000), et des joueuses des équipes de rugby de Bobigny et de Soisy-sous-Montmorency. Deux façons de creuser « la question du genre et de la sexuation de nos comportements ».

Manuel Piolat Soleymat

Lien vers l'article original
Rue89 - Blog Balagan / Jean-Pierre Thibaudat / "Marteau, haltères, rugby : Judith Depaule met en scène des sportives" / 29.01.13

Marteau, haltères, rugby : Judith Depaule met en scène des sportives

Marteau, rugby, haltérophilie, ce ne sont pas des sports que la vox populi considère comme naturellement féminins. C’est ce douteux « naturellement » que Judith Depaule interroge à travers les corps et les témoignages vidéo de sportives de haut niveau et de trois actrices (une par discipline), dans trois compositions scéniques très performantes.

Trois spectacles qui peuvent être vus séparément ou, encore mieux, en continuité.

La lanceuse de marteau polonaise

C’est la Polonaise Kamila Skolimowska, championne olympique de marteau à 17 ans et demi, qui va le plus loin dans la contestation du « naturellement ». Elle est persuadée qu’un jour viendra où les femmes dépasseront les hommes. Et dans tous les domaines.

Excepté le poids de la boule métallique (4 kg contre 7,25 kg pour les hommes), rien ne diffère le marteau féminin de sa version masculine. Ni l’aire de lancement, ni la vitesse d’exécution, ni l’entraînement. Et pourtant, ce sport féminin n’a été homologué qu’en 2000 pour les jeux de Sydney. La sportive polonaise raconte comment elle vivait dans l’attente de voir ce sport enfin reconnu comme discipline olympique pour pouvoir participer aux J.O.

Filmée en plongée, une jeune fille espiègle fait l’inventaire historique des idées reçues sur le sport au féminin, qui apparaissent aussi ridicules aujourd’hui que les propos des adversaires du Pacs, et comme seront ridicules dans quelques années les propos actuels contre le mariage homo.

Ainsi, Pierre de Coubertin, l’âme des J.O modernes, pensait, nous dit-elle, que le rôle des femmes dans un stade olympique devait se limiter à couronner les vainqueurs. A quand un match de foot américain féminin avec des hommes en pom-pom boys ?

Performances et tests de féminité

Si l’écran vidéo et les deux moniteurs télé de chaque côté sont plus ou moins communs aux trois spectacles (restitution d’images d’entraînement et travail filmique autour des sportives), il en va tout autrement de l’espace du jeu et du look de l’actrice.

Ici, un tracé au sol reproduit l’angle de lancement du marteau, mais l’actrice (Marie de Basquiat) porte une robe longue. Ce qu’elle fait sur le plateau est à la fois comme un prolongement, un contrepoint de la sportive (j’allais écrire « de l’artiste », mais c’est tout comme) et une transfiguration scénique de la complexité gestuelle du lancer de marteau.

« Corps de femme 1 Pologne » (Mabel Octobre)

Via l’actrice, Judith Depaule met l’accent sur la question du genre. Après avoir évoqué les tests de féminité (obligatoires jusqu’en 1999 pour les sportives effectuant des compétitions), l’actrice interroge le public sur le sujet. Une façon pour Judith Depaule de prolonger ce qui fut son interrogation première au seuil de ce travail :

« La question du genre et de la sexuation de nos comportements provoque chez moi un trouble profond. »

Equipes de rugby féminin en France

Tout au long du second spectacle consacré au rugby féminin, l’actrice (Aude Schmitter) effectue un véritable échauffement (abdos, étirements, courses, etc.) sur un sol vert. La configuration est autre et c’est un sport collectif. Les règles du rugby à 15 féminin sont les mêmes que celles de son homologue masculin et se jouent sur le même terrain.

Ce n’est qu’en 1989 que le rugby féminin a été intégré à la Fédération française de rugby. Il y a un championnat, plusieurs divisions ; c’est un sport en pleine progression. Judith Depaule a interviewé quinze joueuses.

Leurs propos sur la camaraderie, la solidarité avec les nouvelles (le jour des premières douches communes par exemple) et l’affirmation de soi sont autrement plus intéressants que les habituels propos d’après match des joueurs mâles.

Très tonique, charpentée, d’une élégante décontraction, on croirait que l’actrice est elle-même une joueuse de l’Athletic club de Bobigny ou du Rugby club de Soisy-Andilly-Margency, les deux clubs auprès desquels Judith Depaule a enquêté.

La championne de l’haltérophilie turque

Le troisième spectacle nous entraîne en Turquie, où l’haltérophile Nurcan Taylan, née en 1985, fut la première sportive turque à avoir décroché une médaille d’or aux J.O. La force est là centrale. Mais cela ne va pas sans endurance, concentration, coordination et technique millimétrée. Le poids de l’athlète n’est pas proportionnel à celui soulevé. On peut être une femme bien foutue et soulever des poids impressionnants.

« Corps de femme 3 Turquie » (Mabel Octobre)

Judith Depaule a eu la bonne idée de confier le rôle non pas à une actrice, mais à une danseuse, Elisa Yvelin. Fine, gracieuse – mais cela ne se voit pas tout de suite, affublée qu’elle est de faux muscles (biceps, mollets, cuisses), de faux seins et de faux abdominaux.

Le langage est ici d’abord celui du corps et les mouvements de la danseuse à l’heure de soulever les poids sont à peine stylisés, mais son allure la déréalise. Le corps ne ment pas, sauf au théâtre. Le corps de l’actrice-danseuse devient un lieu de projection de réseaux musculaires, de flux sanguins ; tout un langage.

A la fin, alors que la partie vidéo se termine sur une vue de la salle d’entraînement vide en Turquie, une surimpression nous apprend que Nurcan Taylan a été suspendue en 2012 pour quatre ans. Dopage.

Cet enchaînement narratif imprévu conduira tout droit au dernier volet de la tétralogie sur le corps féminin, que Judith Depaule veut achever par un voyage dans l’ex-RDA, auprès de sportives victimes de dopages intensifs. Des femmes que le pouvoir politique voulait fortes comme des hommes pour glorifier le régime, des femmes esclaves des hommes.

Jean-Pierre Thibaudat

Lien vers l'article original
Mensuel de l’UFOLEP et l’USEP, n°445 / UFOLEP & USEP / "En jeu, une autre idée du sport" / 04.11

En jeu, une autre idée du sport

Auteur et metteur en scène, Judith Depaule s’est lancée avec sa compagnie Mabel Octobre dans Corps de femme, une quadrilogie dédiée aux pratiquantes de sports jugés « virils ».
Les deux premiers volets sont consacrés à la première championne olympique du lancer du marteau, récemment décédée, et à une équipe de rugby.

« Enfant, j’aimais sauter sur le trampoline du Club Mickey et croire que je pourrais surplomber l’océan. J’affectionnais particulièrement le trapèze qui pendait sur un portant au milieu du grand champ de blé. J’en ai fait quelques années plus tard dans un club de la rue Montorgueil à Paris. J’ai aussi suivi une saison un entraînement de natation à la piscine David d’Angers. Avant j’avais essayé la danse classique. Notre professeur nous plaçait des barres en fer dans le dos pour que nous nous tenions droites en éructant que nous étions : “nulles!!!”. Dommage, j’étais plutôt douée et j’aimais le chignon que me faisait ma grand-mère.
Mes premières images de sport à la télévision ont été des images en noir et blanc. J’appréciais entre toutes celles du patinage artistique, celles des lancers me fascinaient. Et puis, j’ai arrêté de regarder. Au Caire dans un des grands cinémas du centre, je suis tombée sur un film de  Robert Aldrich introuvable en France, Deux filles au tapis, avec Peter Falk dans le rôle de l’entraîneur. Autour de moi un public exclusivement masculin la même émotion que si les catcheuses se donnaient en spectacle devant eux.
J’ai été invitée aux championnats d’athlétisme turcs à Izmir. Je n’avais jamais mis les pieds dans un stade. Il y avait autant de spectateurs que d’athlètes et pourtant je n’ai rien vu. J’ai compris combien ma perception du sport était conditionnée par le petit écran. À la Coupe du monde de rugby féminin à Londres, mon sentiment s’est confirmé quand, après avoir assisté au match France-Écosse sur le bord du terrain, c’est derrière les écrans de la cafétéria de l’organisation que j’ai suivi la rencontre, sublimée par dix caméras et un mixage en direct. e me souviens aussi que je répétais un spectacle sur l’affaire des disparus du Beach du Congo-Brazzaville, quand un sentiment morbide s’est mis à m’envahir insidieusement. Tard le soir, le téléphone a sonné et une voix a énoncé que Kamila Skolimowska était morte. La première championne olympique du lancer de marteau féminin venait de mourir à 26 ans des suites d’une embolie pulmonaire. Je lui avais consacré mon Corps de femme numéro 1… »

Le Monde / Jean-Louis Aragon / "Sports virils au féminin" / 05.02.11

Sports virils au féminin

Sports virils au féminin - Le Monde

Sports virils au féminin – Le Monde

Sports virils au féminin - Le Monde

Sports virils au féminin – Le Monde

Sports virils au féminin - Le Monde

Sports virils au féminin – Le Monde

 

Sports virils au féminin - Le Monde

Sports virils au féminin – Le Monde

 

 

Philippe Liotard’s blog - Corps, culture, éducation / Philippe Liotard / "Corps de femme et sports d’hommes par Judith Depaule" / 18.01.11

Corps de femme et sports d’hommes par Judith Depaule

J’ai assisté ce soir au deuxième volet du projet “Corps de Femme”, création en quatre parties de la compagnie Mabel Octobre, mis en scène par Judith Depaule.

Après Corps de Femme 1 – le marteau, c’était donc Corps de Femme 2 – le ballon ovale qui était joué au Nouveau Théâtre de Montreuil.

Avec ces pièces, Judith Depaule met le corps au centre de ses réflexions: le corps de femmes qui jouent au rugby, après avoir créé la première pièce autour du corps d’une lanceuse de marteau. Dans Le Ballon ovale, une actrice dit les mots de joueuses dont les portraits défilent en arrière-plan sur grand écran. Chacun de ces portraits fournit le prénom et l’âge de la joueuse, sa profession et le nombre d’années durant lesquelles elle a pratiqué le rugby. L’actrice reprend les paroles des joueuses sur le rugby, le jeu, la féminité, la maternité, la famille, l’engagement physique, la violence, le moment où, adolescentes, certaines ont dû arrêter de jouer avec les garçons, ce qui signifiait arrêter de jouer tout court… Puis viennent des images de ces femmes dans le jeu, plaquant, percutant, se jetant au sol, poussant, évitant l’adversaire, frappant le ballon au pied, le passant à la main…

Le montage de Judith Depaule alterne les images fixes, les corps en mouvement et les mots… La répétition des mêmes mots, des mêmes formules, “on pense rugby”, “on mange rugby”, “on dort rugby…” entraîne le spectateur au coeur d’une passion revendiquée comme telle par les joueuses.  La répétition des images bouscule les stéréotypes liés à la mise en scène du corps des femmes: les visages fermés, les cheveux collés par la sueur, les projections et les contacts interrogent les spectateurs non initiés. “Je suis une femme, mais j’suis pas une chochotte” prévient une joueuse.

Tout au long du spectacle, je me suis interrogé sur les manières de produire de la connaissance.
Judith Depaule définit sa production comme un “spectacle documentaire” qui repose sur une investigation. Pour en arriver à cette synthèse, elle a réalisé un travail dans la durée auprès des femmes dont elle s’est approprié le discours, les images, les ambiances pour en restituer un condensé. Cette façon de faire m’a rappelé le travail de Corinne Miret et Stéphane Olry qui avaient enregistré 42 entretiens d’une heure pour écrire  mercredi 12 mai 1976, selon un dispositif très strict. Dans les deux cas (mercredi 12 mai 1976 et Corps de femme), le sport sert de support au récit.

Or, le travail préalable à la mise en récit n’est pas très éloigné de celui qui est nécessaire au recueil ethnographique. Pour mercredi 12 mai 1976, Corinne Miret et Stéphane Olry avaient demandé à chaque personne de venir pour l’enregistrement avec un objet vert avec lequel elle devait poser en fin d’entretien. Cette manière de mettre en scène un objet porteur de sens pour ces personnes renvoie à ce que dit l’anthropologue Jean Bazin dans Des clous dans la Joconde, notamment dans le chapitre “n’importe quoi”, où il montre que le travail de l’ethnologue consiste à ramasser n’importe quoi, du moment que cela a servi (…)

Philippe Liotard

Lien vers l'article original
Osez le féminisme / Lauréline Lejeune / "Corps de femme 2 - le ballon ovale" / 01.11

Corps de femme 2 - le ballon ovale

Dans la quadrilogie de spectacles qu’elle créé et dont elle a déjà proposé deux volets, la metteure en scène Judith Depaule interroge la position et les conditions de la pratique sportive féminine dans quatre pays de l’Union Européenne (Pologne, France, Turquie et Allemagne).
Le premier volet donne la parole à une lanceuse de poids polonaise et le deuxième (voir plus bas les informations sur les représentations) met en lumière celle d’une équipe (recréée) de vraies joueuses françaises de rugby.

Rappelons qu’à propos du rugby féminin à XV, le colonel Crespin, directeur national de l’éducation physique et des sports, a dit en 1969: «Le rugby pour les joueurs filles et femmes est contre-indiqué pour des raisons physiologiques évidentes. Cette pratique présente des dangers sur le plan physique et sur le plan moral…Aussi, je vous demande instamment de ne pas aider les équipes de rugby féminin… »
L’intégration des féminines à la fédération nationale ne se fera qu’en 1989.

L’équipe créée pour le spectacle est constituée de joueuses professionnelles, dont certaines font partie de l’équipe de France.
Judith Depaule propose donc 15 portraits de sportives et autant de façons de vivre le sport à travers les mots et le corps d’une seule comédienne.
Des images de jeu et des interviews sont également projetés sur écran et viennent ponctuer le texte.
La comédienne en scène porte la tenue reconnue officielle de rugbywomen et évolue sur un plateau de théâtre transformé pour l’occasion en terrain de rugby, habillé de gazon synthétique.
Tour à tour elle s’échauffe, passe, repasse le ballon et parle.
La comédienne interprète et transmet la parole de ces joueuses qui racontent le sport des femmes. Celui qu’on cache, qu’on minimise, qu’on ignore, sur lequel on s’interroge, qui sème le doute, qu’on aime et qu’on craint.
Pour ne plus avoir à restreindre la pratique d’un sport à un seul sexe, il faut d’abord parler du sport sexué et c’est ce que fait Judith Depaule…

Et ça fait du bien ! C’est une initiative artistique et politique à souligner et dont il faut parler, beaucoup. En effet, entendre des femmes raconter, avec une grande liberté, la manière dont elles vivent ce sport qualifié de «viril» est rare. Je ne l’avais personnellement jamais observé. Tout cela habillé d’une esthétique épurée et d’un traitement intelligent de l’image. A voir donc !

Lauréline

Lien vers l'article original
Télérama Sortir / Thierry Voisin / ""Hors du terrain, on est femme, simplement."" / 15.01.11

"Hors du terrain, on est femme, simplement."

CORPS DE FEMME 2 – LE BALLON OVALE

De Judith Depaule, mise en scène de l’auteure. Durée : 1h. A partir du 17 jan., 20h30 (lun.), 19h30 (mar.), Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Maria Casarès, 63, rue Victor-Hugo, 93 Montreuil, 01-48-70-48-90. (9-19€).

Les dieux du stade font l’objet d’une telle dévotion qu’on en oublie les 14 027 licenciées de la Fédération française de rugby. Poursuivant son portrait de sportives européennes, Judith Depaule s’attache cette fois à deux clubs pour comprendre ce qui pousse des femmes à pratiquer un sport prétendument viril et le regard que l’on porte sur elles. La vidéo restitue les entraînements, les matchs, la vie de ces joueuses, le ballet de leurs corps, de leurs gestes, qu’une comédienne réinterprète sur scène, avec la complicité du public. Une performance hors normes.

Thierry Voisin

Une comédienne, un écran… Sur scène, Judith Depaule monte une équipe de rugby féminine.
Mais qu’est-ce qui pousse des femmes à pratiquer un sport encore considéré, par les fondamentalistes du rugby, comme un jeu viril ? Et comment identifier l’impact sur leur corps et leur féminité ? Nous avons donné la parole à trois femmes qui ont tout sacrifié au ballon ovale, sans poser nues sur un calendrier.

Stéphanie Loyer, pilier de l’équipe de France. Surnom : Dexter.
« Sur un terrain, j’ai l’esprit guerrier, je reste néanmoins une nana… Les gens sont bourrés de préjugés. Ils s’attendent à ce qu’on se tire les cheveux. Mais quand ils voient un match, pas du petit jeu d’arrière-cour, ils sont étonnés de ce qu’on peut faire… J’ai un yorkshire. On se fout de moi car on me voyait plutôt avec un labrador…Je n’ai pas envie de rentrer dans le cadre. »

Jasmine Khadri, troisième ligne. Surnom : la plaqueuse folle.
« J’ai du muscle, des gros mollets, quelques bleus, une cicatrice. Le rugby est en train de faire de moi une vraie femme car cela passe au-delà de l’apparence… Notre masculinité, on la vit sur le terrain. En dehors, on est femme, tout simplement. Mais dans la tête, je suis la même. Je vis comme je joue au rugby : ça passe ou ça casse. »

Émilie Chomel, troisième ligne aile. Surnom : Barbie.
« J’ai un physique de rêve et j’adore le rose. Je suis limite prout-prout, même sur le terrain, mais j’ai su montrer que j’y ai ma place au même titre que les garçons. Par contre, je n’aime pas y adopter des attitudes masculines. Je suis une femme et je le reste… Je rêve d’avoir un œil au beurre noir. Je trouve ça hyper sexy ! »

Propos recueillis par T.V.

Froggy's Delight / Laurent Coudol / "Corps de femme 2 - le ballon ovale - Espace Confluences, Paris, septembre 2010" / 09.10

Corps de femme 2 - le ballon ovale - Espace Confluences, Paris, septembre 2010

Spectacle conçu et mis en scène par Judith Depaule et interprété par Johanna Korthals Altes.

Corps de femme 2 – le ballon ovale est le second volet d’une série de quatre pièces, écrites et mises en scène par Judith Depaule, qui traite de la féminité à travers des portraits de femmes pratiquant une activité sportive considérée comme éminemment masculine.

Dans certains sports (lancer, lutte, haltérophilie…), des femmes ont même été amenées à devoir prouver leur «féminité», alors qu’aucun test de masculinité n’a jamais été envisagé. Le premier volet, «Corps de femme 1 – le marteau» s’intéressait au cas de Kamila Skolimowska, lanceuse de marteau polonaise, première championne olympique dans cette discipline.

Le rugby est un sport collectif, quinze témoignages serviront donc de matériau au texte de la pièce. Il est d’abord utile de s’intéresser à ce spectacle comme objet théâtral. Une scène, quelques écrans, une actrice. Lorsque le public arrive dans le lieu, il se retrouve face à un carré de pelouse synthétique, quinze silhouettes en carton de femmes dans des positions qui évoquent le rugby. Sur les écrans défilent des mots qu’on associe généralement à la féminité.

Seule en scène, Johanna Korthals Altes, habillée en tenue de rugby, parlera avec les mots de quinze joueuses. Quinze joueuses d’âge varié, aux parcours divers, aux physiques différents, qui ne jouent pas au même poste sur le terrain. Les quinze joueuses qui composent cette équipe recomposée sont licenciées dans deux clubs de la banlieue parisienne, un club de troisième division et un club classé dans le top 10. Ces femmes parlent de leur rapport à ce sport, de leur corps, des liens qu’elles entretiennent entre elles et avec les autres, et de la place que le rugby occupe dans leur vie. Il s’agit donc d’un théâtre-reportage, les visages des femmes qui témoignent apparaissent en gros plan sur l’écran derrière l’actrice qui s’approprie leurs mots. En même temps, sur les écrans latéraux, des films les présente en situation de match.

Johanna Korthals Altes, jeune femme rousse élancée répondant aux standards généralement admis de la beauté féminine, incarne donc les voix de ces femmes qui, à l’écran, apparaissent pour nombre d’entre elles comme larges, puissantes, ayant développé par le sport une musculature impressionnante.

Cette installation, la mise en scène et le jeu de Johanna Korthals Altes participent donc d’un témoignage sociologique vivant. Les spectateurs suivent avec intérêt ces différentes prises de parole. On entend même parfois certains membres du public, des femmes qui pratiquent aussi le rugby, acquiescer à tel ou tel propos.

Ces quinze témoins viennent d’horizons différents, ont pris des orientations professionnelles différentes, vivent des histoires familiales différentes, des histoires d’amour différentes, des sexualités différentes.

Pourtant il y a des points communs entre toutes ces joueuses. Il y a d’abord le grégarisme, le besoin de trouver sa place dans le groupe, de se voir comme un membre de l’équipe, voire de cette famille rugby féminin. Ceci peut sembler logique puisqu’il s’agit d’un sport collectif, cependant toutes témoignent que ce sport est le liant de leurs histoires d’amour, d’amitié ou familiales. Pour nombre des participantes, venues du sud-ouest, on pratique le rugby au sein de leur famille depuis toujours. Il s’agit d’une tradition familiale, on joue au rugby par respect filial, comme dans certaines familles on vote à droite ou à gauche, sans se poser de questions.

Il y a le rugby vécu comme une addiction volontaire et agréable. «On mange rugby, on dort rugby, on fait l’amour rugby» dit ainsi une des joueuses interrogées. Le rugby, par la pratique sportive régulière et par les chocs subis à l’entraînement et lors de matchs, fait que le corps secrète des endorphines, ceci peut expliquer que toutes ont l’air «accro» à ce sport. Il y a enfin, dans quelques-uns des témoignages, un certain sectarisme, le monde est séparé entre celles qui pratiquent le rugby et les autres.

Ces témoignages peuvent provoquer jusqu’à un malaise. Cette féminité dans le rugby s’exprime donc par le corps, mais le corps comme outil entièrement dédié à la pratique du sport. Leur corps sert à s’intégrer dans le groupe. Aucun des témoignages ne donne l’impression que ces joueuses s’interrogent sur l’effet que leur corps peut provoquer chez autrui, que ce soit de la surprise ou de l’attirance, même si le fait de s’habiller en rose pour une des jeunes filles interrogées participe de sa féminité. Une féminité de façade.

Ce spectacle à travers l’étude d’un groupe social déterminé réussit à pointer que la féminité existe de manière intrinsèque. Le public a, à l’issue de ce spectacle, longuement applaudi. Essai transformé.

Laurent Coudol

Lien vers l'article original
L'Humanité / Marie-José Sirach / "J’ai fort mâle à mon rugby" / 20.09.10

J’ai fort mâle à mon rugby

Quinze portraits de joueuses de rugby. Une équipe improbable, des jeunes femmes incroyables qui parlent au féminin de ce sport célébré très… masculin.

La metteur en scène Judith Depaule a sillonné l’Europe pour questionner le féminisme à travers la pratique sportive. Elle s’est intéressée, en Pologne, à Kamilia Skolimowska, première championne olympique du lancer de marteau féminin ; en Turquie, elle espère observer le travail d’une haltérophile ; en Allemagne, elle envisage de se consacrer à une sportive de l’ex-RDA. Elle a présenté à Confluences (1) le volet français de ce travail qui interroge le féminisme à l’aune de pratiques sportives majoritairement masculines, pour ne pas dire viriles. Comme le ferait n’importe quel sélectionneur, elle a imaginé une équipe virtuelle qui regrouperait quinze vraies joueuses issues de deux clubs : Bobigny, en Seine-Saint-Denis, classé parmi le top 10, et Soisy, dans le Val-d’Oise, qui évolue en 3e division. Elle a suivi les filles à l’entraînement, sur le terrain comme en salle.

Sur le plateau transformé en terrain de jeu, Johanna Korthals Altes joue, dans tous les sens du terme, chaque membre de l’équipe tandis qu’elles apparaissent sur un écran vidéo coincé entre deux poteaux de rugby. L’actrice fait corps et voix avec les filles qui défilent sur l’écran et que l’on voit ensuite durant des matchs. Elles racontent comment elles sont venues au rugby, comment elles sont devenues accros à ce sport, comment elles vivent rugby et, au fil de leurs témoignages, non seulement les préjugés se défont un à un, mais on laisse au vestiaire les critères imposés de la féminité sur papier glacé, les diktats de la mode. Mais le spectacle ne se contente pas de dresser un constat accablant sur le mépris affiché à l’égard du sport féminin en général. Derrière les mots, les regards, les corps, une pudeur jamais feinte, derrière le plaisir de plaquer, de l’esquive, de se saisir du ballon, on saisit combien leur choix rugbystique, inconscient, est un combat permanent contre les préjugés, le machisme, la misogynie. Allez les filles !

Marie-José Sirach

(1) C’était jusqu’à hier. Le spectacle sera repris du 17 au 23 janvier au Nouveau Théâtre de Montreuil. Le 5 mars à la MLC de Soisy-sous-Montmorency.

Entrées en lice - Blog sur le sport féminin / Entrées en lice / "Corps de femmes 2 - le ballon ovale" / 17.09.10

Corps de femmes 2 - le ballon ovale

Mercredi j’étais à «Confluences» dans le 20e arrondissement, pour assister au spectacle Corps de Femmes 2 – Le Ballon Ovale, de Judith Depaule. La metteure en scène a arpenté les bords de terrains pendant 6 mois pour filmer 15 joueuses des clubs de Bobigny et Soisy ; les films défilent sur des écrans pendant que la comédienne donne vie aux sportives en reproduisant paroles et postures. Ce sont ainsi Meryl, Aïda, Fanny, et les autres qui parlent de leur pratique.

La représentation était suivie d’un débat très convivial avec la metteure en scène et Hélène Joncheray, (sociologue). Stéphanie Loyer, qui figure dans les films, et l’entraîneur Marc-Henri Kluger étaient également présents : en plus d’être ravie de voir de près une des joueuses du XV de France, j’ai énormément apprécié leurs interventions toujours hyper pertinentes.

Ce spectacle ne traite pas simplement de filles en short et crampons, et l’on n’a pas parlé que de rugby. Il y a eu beaucoup à dire – ce qui donne beaucoup à réfléchir. Compte-rendu forcément incomplet.

Les joueuses viennent de milieux très différents et ont des âges très variés, mais j’ai distingué deux catégorie: celles qui baignent depuis toutes petites dans la culture rugby, et puis celles qui, ados ou déjà adultes, se sont trouvées par hasard sur le bord d’un terrain, et n’ont plus arrêté. Pour toutes, c’est une évidence: on se consacre au rugby de tout son être… au reste de leur vie de se construire autour. Un mode de vie qu’on accepte de la part d’un homme, moins pour une femme.

Le club de Bobigny joue en Elite et comporte des internationales, il est donc frappant de voir que beaucoup de ses joueuses ont commencé très tard. Une contrainte à prendre en compte par les entraîneurs! Marc-Henri Kluger  et Stéphanie Loyer nous ont expliqué les spécificités qu’il y a à entraîner les filles. Spécificités qui seraient en partie dûes à ces débuts tardifs: ce besoin constant d’explications, on ne le retrouve pas chez les filles qui ont commencé très jeunes…

On a également abordé la mixité et le regard des autres. Judith Depaule a souligné que si dans l’équipe exclusivement féminine le genre était aboli, il revient avec force dans un cadre mixte. En effet, les joueuses qui débutent tôt jouent avec les garçons. La petite Domitille filmée au début du spectacle trouve « normal » de jouer avec les garçons mais reconnaît que parfois ils « se moquent ». D’autres joueuses se rappellent des réactions variée des garçons de « je la touche pas c’est une fille » à «elle n’a rien à faire là’ en passant – heureusement – par l’indifférence.

Certains dans l’assemblée se sont étonnés du fait que les filles ne parlent que de « combat », d’ »affrontement », sans évoquer la tactique ou la technique. Les joueuses universitaires (quel est votre club ? on doit bien se marrer) au fond de la salle ont très justement souligné que l’on sait très bien que les femmes peuvent courir avec un ballon, moins qu’elles peuvent aller au contact, c’est pourquoi elles mettent l’accent dessus. Et au début du spectacle, on a entendu : « On est des femmes, mais on est pas des chochottes ».

Toute un pan de l’œuvre est d’ailleurs consacrée à cette question : est-ce violent ? Pour certaines, oui, pour d’autres c’est exagéré. Mais pour toutes, l’extrême engagement ne se conçoit qu’avec le respect de l’adversaire et des règles, et n’a qu’un but, bien jouer. On a ensuite assez longuement débattu de cette « violence » du rugby. Était-ce le bon terme, de quelle manière l’aborder, n’était-ce pas péjoratif ? Je trouve que le dernier mot a été prononcé pendant le spectacle même : « On se rend pas compte de la violence d’autres sports comme la danse ou la gym ».

J’ai enfin eu le sentiment que les joueuses étaient tout à fait fières de leur corps, même « couverts de bleus et d’égratignures ». Dans la litanie d’adjectifs qui clôt le spectacle, on entend « décomplexant ». Fière de ce qu’on accomplit, on devient fière de soi et de son corps, on trouve sa place. Pour elles, elle est sur un terrain de rugby.

« Corps de femme » sera une quadrilogie. Après ce deuxième volet consacré au rugby, Judith Depaule s’intéressera à l’haltérophilie en Turquie. Un n°3 dont je vous invite à suivre la sortie de très près !

Lien vers l'article original
Théatrorama - un panorama du spectacle bien vivant / Agathe Parmentier / "Corps de femme 2 - le ballon ovale" / 17.09.10

Corps de femme 2 - le ballon ovale

Après Corps de Femme 1 – le Marteau en mai dernier, la compagnie Mabel Octobre revient à Confluences pour y présenter la deuxième étape de sa quadrilogie sur la thématique du rapport entre sport et féminité. Au travers de l’un des disciplines les plus populaires en France, le spectateur est une nouvelle fois invité à réfléchir aux liens unissant deux notions souvent présentées comme incompatibles.

Le spectacle débute par un extrait vidéo : une toute jeune fille y évoque son amour du rugby. L’entraînement étant mixte jusqu’à l’âge de 15 ans, elle confesse en détournant le regard, devoir parfois « se boucher les oreilles » lorsque ses camarades de jeu se montrent blessants. Ces quelques minutes capturent l’essence du propos développé par la création. La suite invite à faire la connaissance de joueuses enflammées : Eugénie, Claire, Meryl, Amandine, Aïda etc. que l’on découvre sur une vidéo muette, en parallèle du jeu de l’actrice Johanna Korthals Altes qui s’approprie leurs propos. Qu’elles soient infirmière en pédiatrie, peintre en bâtiment ou étudiante en école de commerce, ces 15 femmes assument la contradiction et revendiquent leur passion pour un sport communément considéré comme typiquement masculin.

« On est femme dans le rugby mais même si on est des femmes, on est pas des chochottes. »

Le dispositif scénique est le même que celui découvert au travers du Marteau, première étape de la création : les images muettes d’interviews filmées des joueuses sont diffusées à la fois sur les 2 x 4 petits écrans LCD ainsi que sur l’écran géant central.

Malgré la similarité du dispositif avec le premier épisode, ce Ballon Ovale apparaît plus comme une recherche sur la forme que sur le fond. La profonde ambigüité du rapport à la féminité, fil rouge du Marteau, semble mise en sourdine au profit d’une recherche plus poussée dans la mise en scène et dans le rapport de l’acteur au support vidéo. Judith Depaule poursuit son processus créatif, parvenant à un résultat toujours plus efficace.

De son côté, adoptant les postures de la sportive en phase d’entraînement ou de jeu, seule sur son terrain en gazon synthétique, Johanna Korthals Altes se glisse avec aisance dans la peau des femmes rencontrées durant la création du spectacle.

Le résultat est une création percutante, souvent drôle, manifeste pour la passion assumée en dépit du qu’en dira-t-on.

Agathe Parmentier

Lien vers l'article original
Bonjour Bobigny / Bonjour Bobigny / "Rugby féminin - des louves en images" / 15.09.10

Rugby féminin - des louves en images

Pour monter son nouveau spectacle Corps de femme 2, le ballon ovale*, Judith Depaule a interviewé, filmé et suivi des joueuses de rugby durant leurs entraînements, leurs matches, et dans leur vie quotidienne. Parmi elles, huit joueuses de l’ACB 93** et sept de Soisy-Andilly-Margency 95. L’idée de Judith Depaule, c’est « de recréer une équipe de rugby à XV fabriquée de toutes pièces, à partir de joueuses issues de deux clubs : un de 3e division et un club classé dans le top 10, dont certaines joueuses évoluent en équipe de France. Ce choix se veut ainsi représentatif de l’état du rugby féminin aujourd’hui et tentera de couvrir le spectre le plus large possible sans limitation d’âge ou de niveau. »

Ces 15 portraits seront à la fois présents en images et restitués en paroles par une interprète unique, Johanna Korthals Altes. Ils alterneront avec des considérations sur l’histoire du rugby féminin et ses caractéristiques, recueillies auprès d’entraîneurs et de sociologues. L’ensemble du spectacle sera ponctué par une gestuelle empruntée au rugby.
S.C.

*Du 14 au 19 septembre à Confluences. 190, boulevard de Charonne – 75020  Paris. Du 14 au 18 à 20h30, le 19 à 15h. Les 14 et 18, les représentations seront suivies de concert, les 15 et 17 de débats.
**Aïda Ba, Émilie Chomel, Claire Escalet, Fanny Griselin, Élise Jacques-Monniaud, Stéphanie Loyer, Amandine Rivassou, Joanna Sainlo.

Sportiva Infos / Jacques Cortie / "Le ballon ovale sur la scène de Confluences" / 14.09.10

Le ballon ovale sur la scène de Confluences

La bande son reproduit les déchirements des crampons, les cris des actions et les chocs des corps. La scène, de vert vêtue, est surplombée d’un grand écran où défilent les portraits d’une équipe recomposée. Et Johanna Korthals Altes, seule, en tenue de match, (re) donne vie à 15 histoires, personnelles, forcément personnelles, de jeunes femmes et de jeunes filles, pratiquant le rugby depuis peu ou depuis 10 ans (1).

La metteure en scène Judith Depaule poursuit avec ce ‘Corps de femme 2 – le ballon ovale’ une longue quête sur les tribulations de la féminité dans le monde du sport. Son premier opus était consacré à une lanceuse de marteau polonaise, Kamila Skolimvska. Le rugby s’intercale, aujourd’hui, pour aller au fond des motivations et des difficultés que rencontrent une sportive quand elle veut s’exprimer dans un milieu d’hommes, ici le rugby, et quand elle doit se coltiner, avec son propre corps dans une mise à contribution souvent extrême.

Avant que l’œil de Judith Depaule ne dissèque prochainement les rapports de l’haltérophilie et de la femme en Turquie, pour le 3ème volet, et avant que la problématique des anciennes sportives de l’ex-RDA soit traitée, pour clore la série, elle et son équipe de création ont suivi, de Bobigny à Soisy-sous-Montmorency, les entraînements et les matches d’une équipe d’Elite du rugby français et d’un club de 3ème division.

De cette promenade introspective, une équipe improbable a été inventée, où se mêlent les joueuses (2) de l’un et l’autre club. Ce spectacle consacré au rugby donne l’occasion d’une réelle performance d’actrice avec une interprète qui se fond, tout à tour, dans les 15 postes de l’équipe, pendant que le visage de la vraie inspiratrice du texte domine la scène. Puis ,dans une deuxième partie, c’est le rapport de chacune de ces sportives qui transitent par la voix de Johanna Korthals Altes pour exprimer leur rapport à la douleur, à l’effort, à la performance sportive, au regard de l’autre. A suivre de près si l’on est sur Paris.

Jacques Cortie

Lien vers l'article original
Les nouvelles news - l'autre genre d'infos / Coline Garré / "Les autres corps des femmes" / 10.09.10

Les autres corps des femmes

Le sport comme miroir de la société et de ses préjugés: c’est la trame d’une quadrilogie conçue par la metteur en scène Judith Depaule. Après le marteau, voici le rugby dans «Corps de femme 2, le ballon ovale». Un sport réputé viril, où le féminin se métamorphose.

Une pelouse de 4×6 m, un en-but encadrant un large écran vidéo, quatre petits écrans LCD, et une comédienne qui prend la pose et la voix des joueuses. Le dispositif de Judith Depaule est sobre mais efficace pour mettre en relief les visages et les corps de 15 rugbywomen. Et rompre avec les stéréotypes qui entourent la notion de féminité.

Qu’elles appartiennent au club de Bobigny, réservoir de l’équipe de France, ou à celui de Soisy, en troisième division, elles ont toutes un point commun: « On mange rugby, on boit rugby, on parle rugby, on dort rugby, on est rugby à fond ! ». A travers la comédienne Johanna Korthals Altes, elles racontent leurs histoires, qui souvent se ressemblent : un père ou un frère adepte de ce sport, des expériences dans le judo, la lutte, ou le handball, une enfance dans le Sud-Ouest. Mais les femmes, elles, sont toutes différentes.

Contrairement aux idées reçues, leurs corps ne sont pas des masses musculeuses dénuées de charme. Grands, élancés, trapus, noueux, le rugby accueille tous les gabarits. Il efface hontes et complexes. Dans les vestiaires, les filles se dépouillent de leurs apparats pour ne former qu’un corps, celui de l’équipe, et pour laisser vivre une part plus violente d’elles mêmes. « Mais on peut être viril sur le terrain et féminine en dehors », précise Judith Depaule, qui les a filmées pendant plus de six mois. Quand certaines adoptent le jogging comme tenue de ville, d’autres préfèrent bijoux et maquillage.

La metteur en scène parvient à rendre tangible cette féminité mouvante, en perpétuel changement. D’abord, grâce au talent de sa comédienne. Johanna Korthals Altes recrée devant les spectateurs la parole et la gestuelle de ces filles qu’on ne voit que sur écran. Arpentant le carré de pelouse, elle s’immobilise dans 15 poses différentes qui correspondent à autant de joueuses. Elle leur prête son corps, son visage s’efface, et le spectateur ne voit que la personnalité des sportives. Et pour accompagner la métamorphose de l’actrice, des bruits de mêlée et de crampons se transforment en musique. Le rugby devient danse, la violence beauté.

Dans cette multiplicité de corps de femmes, la notion de féminité devient superflue, comme la catégorisation des genres. Judith Depaule est parvenue à extraire ces joueuses d’un genre qui les dessert, dans le milieu viril du rugby. Et à nous interroger sur nos certitudes.

Coline Garré

Corps de femme 2, le ballon ovale
Représentations du 14 au 18 septembre 2010
Confluences, 190 boulevard de Charonne, 75020 Paris.

Lien vers l'article original