➥ Cliquer ci dessus pour accéder à la galerie photos.

Murs de Fresnes

Murs de Fresnes est un projet transmedia qui part du livre d’Henri Calet, Les murs de Fresnes, publié en 1945, rassem­blant les graffitis laissés par les détenus sur les murs des cellules de la prison de Fresnes pendant l’Occupation. Haut lieu d’enfermement de la Résistance, prison de la Gestapo, Fresnes a souvent été la dernière destination avant la dé­portation ou l’exécution. Grâce à la mise en jeu de nouveaux médias, la création d’univers virtuels et la participation du public — de lecture en scène augmentée — le projet se propose de faire parler les murs et redonner vie aux fantômes. Le projet décline un site web détaillé, une expérience immersive sur le web, une séquence VR, un spectacle interactif et un carnet au contenu génératif, chaque proposition est liée aux autres (par un serveur web) tout en offrant une approche artistique différente et complémentaire.

durée 1h
création 2018
tout public à partir de 14 ans

INTENTION

À l’issue de la guerre, Calet, auteur et journaliste, dans Les murs de Fresnes, compile, à la demande du Ministère des déportés et des prisonniers de guerre, un relevé des graffitis laissés par les détenus sur les murs de la prison. La requête, qui peut paraître particulière, répond à l’absence de toutes pièces administratives relatives à la gestion allemande de la prison pendant l’Occupation, mettant l’État français et de nombreuses familles dans l’embarras pour retrouver les disparus. On cherche des traces, peu importe lesquelles.

Le livre inclassable de Calet, autant par son contenu que par sa forme, plonge le lecteur dans une investigation mnésique. L’auteur invite le lecteur à visiter la prison de Fresnes. Il l’attend à la sortie de la ville, le fait passer par la grande grille de l’entrée, puis pénétrer à l’intérieur de l’énorme établissement. Témoin subjectif de son temps, non sans un humour acerbe, Calet confie au lecteur ses impressions : « Des milliers de Français — les meilleurs — des étrangers aussi, sont passés à Fresnes durant l’occupation. Singulière époque où les héros étaient emprisonnés. » De façon systématique, cellule après cellule, cachot après cachot, en passant par l’infirmerie, il dresse un inventaire singulier, accompagné de commentaires. Il décline les inscriptions laissées sur les murs en 1945 par des détenus français ou étrangers, en attente d’être jugés, envoyés en camp ou bien exécutés. Gravés dans le plâtre des murs, le bois du mobilier pénitentiaire, l’aluminium des gamelles, inscrits sur les pages d’un livre, ces « tags » livrent des noms, des dates, parfois des adresses et des numéros de téléphones… des confessions, des adieux, des testaments, des journaux, des déclarations d’amour, des questionnements, des dessins et des poèmes. Ces « morceaux de vie » arrachés aux murs ont la force d’évocation et la concision des haïkus. Tracés à la mine, avec une pointe ou un objet, du bout des ongles ou avec du sang, ils racontent la France occupée : la délation, la détresse de l’enfermement, la torture, l’angoisse avant l’exécution ou la déportation. Souvent sans destinataire, ils témoignent pour ceux qui leur succèdent. Des traces pour que l’Histoire se souvienne et que justice soit rendue comme des actes ultimes de résistance.

Peu après la sortie des Murs de Fresnes, Calet s’inquiète du sort de ceux qui ont marqué les murs. « Je suis parti en quête de survivants de Fresnes. D’abord, j’ai refait la visite de la prison, cellule par cellule. Et j’ai relevé la dernière trace de ceux qui avaient laissé un nom, et aussi une adresse dans la chaux d’un mur, au moyen d’une épingle, d’un clou ou de l’ongle. La plupart sont morts. Je le sais. Il faudrait les chercher dans les parages de Ravensbrück ou de Dachau, là où se trouvent les grands charniers. A quoi bon les déranger ? Ils n’ont plus rien à dire. Il ne reste même plus une pincée de leurs cendres : elles ont volé au vent. Rien. Mais les autres ? Les rescapés, que sont-ils devenus? J’aurais voulu voir quelques-uns des personnages de cette grande et longue tragédie. »

Il mène l’enquête, part à la rencontre des vivants ou de leurs proches à Paris et en banlieue et en retrouve certains. Il publie le fruit de ses recherches sous forme de feuilletons dans France Soir, Combat, Hommes et Monde, Évidences. Ces reportages, aux noms évocateurs (« Les survivants de Fresnes », « L’hôtel des revenantes », « Ne les oublions pas encore »), seront rassemblés ultérieurement dans le livre, Contre l’oubli, publié post mortem.

Qui sont les auteurs des graffitis ? Pourquoi ont-ils été arrêtés et envoyés à Fresnes ? Quels sont leurs destins ultérieurs ? À l’heure où les derniers témoins ont presque tous disparus, comment rendre mémoire à des noms sur des murs ? En cherchant méthodiquement, grâce à Internet et les nombreux sites consacrés à la Résistance, il est possible d’identifier au moins 36 d’entre eux. Des parutions et des vidéos témoignent aussi d’incarcérations à Fresnes. Des figures célèbres y sont passées : Germaine Tillion, Honoré d’Estiennes d’Orves, Robert Desnos, Guy Moquet, Robert Vildé, André Lassagne, Huguette Prunier, Bertie Albrecht, Missak Manouchian, Marie-José Chombart de Lauwe, Geneviève de Gaulle…

[...]

INTENTION

un projet transmedia

un spectacle interactif

Le livre de Calet est singulier par son contenu mais aussi par le mode de lecture qu’il propose. On se promène dans le livre plutôt qu’on ne le lit de son début à la fin et on en lit des fragments. On ouvre le livre au hasard et on se promène dans une cellule à la découverte de ses habitants. C’est ce mode non linéaire qui est repris pour le spectacle.

De nombreux témoignages relatent les besoins qu’ont les détenus de communique avec d’autres cellules et avec l’extérieur. Communiquer malgré les portes, les murs, les grilles, les gardiens et le règlement, c’est résister à l’intérieur de la prison. Tous les moyens sont bons pour activer ce réseau de résistance appelé « Radio Fresnes ». On descelle un carreau pour appeler les autres, on décloue le chambranle de la fenêtre avec des outils de fortune et on utilise la balançoire (un contenant fixé à une ficelle) pour se faire passer des missives, des objets ou de la nourriture ; on grimpe sur l’étagère pour parler aux cellules au-dessus et en-dessous par la bouche de chaleur et utiliser l’ascenseur (un contenant fixé à une ficelle qui passe par le tuyau de chauffage) ; on parle à la cellule mitoyenne par les canalisations ; on frappe sur les murs et le sol ; on reçoit des colis et on renvoie son linge sale à sa famille (via la Croix Rouge) qui contiennent des messages cachés. Le principe de « Radio Fresnes » et de ses messages est un des éléments structurants du processus narratif du spectacle.

Le public est placé devant une cellule virtuelle dessinée, projetée en vidéo sur les 4 côtés d’une boîte en tulle. À l’intérieur de la cellule un comédien incarne différents détenus emprisonnés à Fresnes. À chaque représentation, des récits de vie sont piochés au hasard. Des séquences de chaque récit et des actions au plateau sont déclenchées en direct par les spectateurs via un dispositif tactile (smartphone ou tablette) et interprétées par le comédien qui reçoit des « commandes ». Le spectateur peut aussi déclencher des évènements sous forme de messages sonores et visuels, qui ont également un impact sur le cours du spectacle et le déploiement du récit.

La partition du spectacle comprend 10 histoires, chacune d’entre elles évoquent le destin d’un ou d’une détenu.e, arrêté.e pour faits de Résistance et passé.e par la prison de Fresnes. Chaque histoire est découpée en séquences (1 à 10) de durée variable. L’ordre des séquences dépend de l’interaction avec la salle.

Le principe narratif est rhizomique, selon la théorie du rhizome développée par Deleuze et Guattari qui propose une perspective horizontale et omnidirectionnelle avec des passerelles, permettant de faire basculer le spectateur d’une histoire à l’autre avec une « mobilité » nouvelle et bouleversée, selon des « clés » communes à plusieurs histoires. À chaque représentation, 4 histoires sont sélectionnées, leurs séquences peuvent être jouées dans n’importe quel ordre. Quand les histoires sont épuisées, le spectacle prend fin.

La mise en jeu sera très simple, le public se connecte via le wifi (smartphone ou tablette) sur un serveur dédié qui gère l’ensemble du projet transmédia dont le spectacle fait partie. On lui propose alors de sélectionner les histoires qui vont être jouées afin de lancer la représentation. Régulièrement pendant la représentation, le spectateur est sollicité.

La scénographie figure une cellule projetée en vidéo, très épurée. Elle reprend les premiers croquis de l’architecte de la prison de Fresnes, Henri Poussin, passés en négatif : des traits blancs sur fond noir, afin d’accentuer l’effet de dénuement et de solitude de l’incarcération. Sur les murs de la cellule s’affichent des informations textuelles, des photos, des graffitis, des réminiscences (animations vidéos). Chaque changement d’histoire (donc de cellule) entraînent la rotation à 360° de la scénographie. Des élements du mobilier peuvent se déplacer.

L’univers carcéral a une forte dimension sonore. Elle participe à l’aspect physique de l’enfermement et à son aspect psychique. La composition sonore, par un jeu de superposition, de réverbération, de spatialisation et de convolution, modèle et texture l’espace, redonne voix aux fantômes et fait entendre leurs testaments.

Un seul comédien joue la totalité des 10 histoires avec dix interprétations distinctes et un nombre réduit d’accessoires. Il reçoit des « commandes » via une oreillette (texte à énoncer propre à chaque séquence) et une montre connectée (« disdascalies »). Il reprend les activités quotidiennes d’un détenu en prison, de son levé à son couché. La voix du comédien est reprise par un micro HF, permettant d’intégrer sa voix dans un système de diffusion sonore spatialisée.

En dehors de la cellule, sur le côté, un « médiateur », à vue, pourra à tout moment depuis une tablette agir sur le déroulement du spectacle et reprendre la main, réorienter le dialogue avec la salle, afficher des messages.

une expérience immersive sur le web

Le spectateur est invité à s’immerger de façon très intuitive dans une expérience sensorielle sensible. Il refait le parcours d’un des détenus de Fresnes, depuis son envoi à la prison jusqu’à ce qu’il la quitte : le voyage en fourgon cellulaire depuis le siège de la Gestapo, 11 rue des Saussaies (Paris 8), son affectation dans la prison, l’enfermement cellulaire chez les hommes ou chez les femmes, l’après. Il s’agit d’univers 3D dans lesquels l’internaute interagit en cliquant sur des zones actives (supports : smartphones, tablettes, ordinateurs).

L’ensemble des mondes virtuels reprend la même charte graphique que la scénographie. Un environnement filaire en noir et blanc, extrêmement épuré, qui vient se texturer par couches successives. Les matériaux utilisés sont les graffitis du livre de Calet, ses commentaires, certains autres de ses écrits, des extraits de témoi­gnages, des lettres de condamnés à mort, des photos et des documents d’archives, les croquis originaux de la prison, des dessins, du lettrage, des enregistrements à faire de voix et d’ambiances, des sons concrets.

une séquence VR

Une séquence au casque VR est proposée au spectateur avant et après les représentations, plaçant ce dernier au milieu d’une cellule (point de vue d’un détenu) au moment de l’annonce d’exécution à venir (en guise de représailles, les Allemands fusillaient des otages à chaque fois qu’un officier était assassiné par la Résistance). Il s’agit d’univers 3D que le regard compose et avec lequel il interagit.

un carnet à publier

Durant la représentation, le comportement des spectateurs et le parcours du comédien sont archivés dans un carnet généré au fur et à mesure du spectacle : commandes passées, déclenchements d’évènements et de séquences médias, texte énoncé sur scène et déplacements du comédien sont retranscrits, enrichis de documents historiques et d’archives, formant une édition unique à commander sur le web à l’issue de chaque représentation. Il est possible d’acquérir tous les carnets de toutes les représentations.
La proposition aura ainsi comme point de départ le livre de Calet et permettra d’en composer un nouveau, au contenu génératif.

des ateliers

Des ateliers seront déclinés autour de la création :
- à la Maison d’arrêt de Fresnes (à partir des graffitis du livre de Calet, il sera demandé aux détenus quels auraient pu être leurs auteurs, la raison de leur emprisonnement, la nécessité de laisser leurs empreintes sur les murs, leur parcours avant d’arriver en prison et leur destin ultérieur) ;
- avec les lycées (des séances de tests viseront à éprouver l’interactivité tout au long de la conception du projet) ;
- à l’ESAC – Ecole Supérieure d’Art de Cambrai (sur le traitement des archives en design graphique et des dispositifs interactifs).
Tous les ateliers feront au préalable l’objet d’une sensibilisation historique.

En savoir plus →

MISE EN SCÈNE DU SPECTACLE

MISE EN SCENE

Les 3 médias (web-app, spectacle, carnet) seront interreliés et synchronisés par un même serveur web : les actions dans l’un ont des conséquences dans l’autre. Une simple connexion sur internet permettra de se connecter à la web-app, à l’interface qui régira le spectacle et au site pour commander le carnet. La plateforme principale est un serveur web qui enregistrera les actions du public et les convertira en données data, elles-mêmes traduites en commandes visuelles et sonores pour la web-app, en commandes plateau pour le spectacle (jeu du comédien, texte, son, lumière, vidéo) et graphiques et textuelles pour le livre. Pour préserver l’aspect temps réel et disposer d’une bonne réactivité des commandes, le serveur sera développé en javascript et basé sur la technologie nodeJS (et notamment sa librairie socket.io).

Le déroulé du spectacle s’écrira en interactivité avec le public qui pourra, à l’aide d’un dispositif tactile (smartphone ou tablette), envoyer des instructions au comédien sur scène et influer sur son environnement (son, vidéo-projection, lumière), déclencher des messages par le système de communication « Radio Fresnes » et agir sur le déploiement du récit (enchaînement des séquences).

Le spectacle comme le carnet récupèreront aussi de manière asynchrone une partie des actions réalisées par les internautes lors de l’expérience immersive sur le web, disposant ainsi de plusieurs systèmes pour impacter la scène : procéduraux, aléatoires, et issus de la navigation en ligne. Les commandes parviendront au comédien via un dispositif d’oreillette bluetooth et une montre connectée (smartwatch) qui recevra des notifications.

Le serveur central sera relié en filaire (protocole OSC) à un autre poste informatique dédié à la régie du spectacle, contrôlé par le logiciel Ableton Live, connectée elle-même aux différents dispositifs scéniques (projecteurs vidéo, boitier lumière et console son) et à un sampler (Pure Data) destiné à envoyer le texte dans l’oreillette du comédien et des notifications sur sa montre. Tous les médias seront synchronisés entre eux et avec le sampler qui envoie des notifications au comédien.

Pour le spectacle, Ableton Live intègrera des pistes sonores, mais aussi des pistes vidéo, des pistes lumières, des pistes effets spéciaux, et des pistes de configurations des interactions. Sachant qu’il est possible de créer des séquences (clips) qui envoient un message OSC à une destination choisie, déclenchant d’autres logiciels, les pistes vidéos (4 en tout, pilotées grâce à des cartes Matrox) et les pistes lumières enverront des messages à VDMX via OSC, les pistes lumières au plateau et effets spéciaux à LC-Edit qui pilotera une Lanbox (protocole DMX), les pistes sons liront les morceaux d’ambiance et les évènements, géreront les effets et le micro HF du comédien qui transitera par une carte RME (le micro étant nécessaire pour intégrer la voix du comédien au système de diffusion sonore et pour garder l’idée d’une qualité de parole directe, non « théâtralisée »).

L’architecture de Live permet d’agir sur tous les médias à la fois et de les faire interagir. Son horizontalité offre le loisir d’intervenir en direct sur les propriétés temporelles des séquences qui sont donc modulables, inversables, bouclables, etc. Il est possible durant une séquence de reprendre le contrôle manuel de chacun des logiciels appelés par Live.

ÉQUIPE

direction artistique, mise en scène Judith Depaule
conception visuelle Jean-Michel Pancin
assistanat artistique Matthieu Dandreau
coordination de projet multimŽédia Lo•ïc Horellou
déŽveloppement et animation Anna Tolkacheva
dŽéveloppement web SéŽbastien Courvoisier
dŽéveloppement 3D et graphisme Adrien Tison
conception lumières Bruno Pocheron
direction technique Tanguy Gauchet – Iannis Japiot
conception sonore
Julien Fezans
production Pia Doublet
communication Fanny Surzur – Pauline Besnard
recherches et documentation Guillaume Mulot

PRODUCTION

production spectacle Mabel Octobre
production audiovisuelle Rouge Productions dans le cadre de l’aide à l’écriture Pictanovo des fonds Expérience Interactive

conventionnée par la DRAC Ile-de-France et la Région Ile-de-France

avec l’aide à l’écriture du Fonds d’Expériences Interactives de Pictanovo, du SPIP 94, de l’Institut Français (programme Cité internationale des arts / Paris 2017), de la DGLFLF, de la SCAM

avec le soutien des Archives départementales du Val-de-Marne, de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, du Musée de la Résistance Nationale à Chambéry-sur-Marne, de l’Ecole Supérieure d’art de Cambrai