Corps de femme 4 – Les pilules bleues

Volet 4 de la quadrilogie Corps de femme

en création

INTENTION

Aux jeux olympiques de Mexico en 1968, la RDA, qui participe pour la première fois comme équipe à part entière, remporte plus de médailles que la RFA et réitère son score en 1972 à Munich en « territoire ennemi ».
Le tout petit pays remporte la deuxième place en 1976 et 1980 à Montréal et Moscou derrière sa grande sœur, l’URSS. Dès les années 1950, la RDA favorise le sport de masse et organise des compétitions parmi les enfants pour sélectionner les meilleurs d’entre eux et les entraîner de façon intensive en leur assurant un programme de renforcement. Pour obtenir de grandes victoires, l’Etat est prêt à user de tout ce qui est en son pouvoir : stéroïdes, amphétamines, hormones de croissance, transfusions sanguines. Les futurs athlètes se voient prescrire des vitamines sous forme de pilules bleues, de boissons ou d’injections qui renferment de l’Oral-Turinabol®, un anabolisant pour développer la masse musculaire : de la testostérone légèrement modifiée pour demeurer indécelable au contrôle anti-dopage, fabriquée à une échelle industrielle par le laboratoire pharmaceutique Jenapharm.
Les femmes sont une catégorie particulièrement prometteuse en termes de dopage : elles sont encore peu présentes dans la compétition de haut niveau et leur corps est plus enclin à la transformation car beaucoup plus réactif à la prise d’hormones mâles. La RDA entend dominer le sport féminin en métamorphosant chimiquement le corps de très jeunes femmes, les virilisant au point de provoquer chez certaines des troubles d’identité sexuelle. Le programme de dopage, intitulé Plan d’État 14.25, partie intégrante du programme médical de la STASI, se poursuit jusqu’en 1989, touchant plus de 10 000 personnes. Nombreuses sont celles qui connaissent aujourd’hui de graves problèmes de santé : dégradation des organes, anomalies de croissance, disfonctionnements gynécologiques, dérèglements psychologiques.

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INTENTION

Aux jeux olympiques de Mexico en 1968, la RDA, qui participe pour la première fois comme équipe à part entière, remporte plus de médailles que la RFA et réitère son score en 1972 à Munich en « territoire ennemi ».
Le tout petit pays remporte la deuxième place en 1976 et 1980 à Montréal et Moscou derrière sa grande sœur, l’URSS. Dès les années 1950, la RDA favorise le sport de masse et organise des compétitions parmi les enfants pour sélectionner les meilleurs d’entre eux et les entraîner de façon intensive en leur assurant un programme de renforcement. Pour obtenir de grandes victoires, l’Etat est prêt à user de tout ce qui est en son pouvoir : stéroïdes, amphétamines, hormones de croissance, transfusions sanguines. Les futurs athlètes se voient prescrire des vitamines sous forme de pilules bleues, de boissons ou d’injections qui renferment de l’Oral-Turinabol®, un anabolisant pour développer la masse musculaire : de la testostérone légèrement modifiée pour demeurer indécelable au contrôle anti-dopage, fabriquée à une échelle industrielle par le laboratoire pharmaceutique Jenapharm.
Les femmes sont une catégorie particulièrement prometteuse en termes de dopage : elles sont encore peu présentes dans la compétition de haut niveau et leur corps est plus enclin à la transformation car beaucoup plus réactif à la prise d’hormones mâles. La RDA entend dominer le sport féminin en métamorphosant chimiquement le corps de très jeunes femmes, les virilisant au point de provoquer chez certaines des troubles d’identité sexuelle. Le programme de dopage, intitulé Plan d’État 14.25, partie intégrante du programme médical de la STASI, se poursuit jusqu’en 1989, touchant plus de 10 000 personnes. Nombreuses sont celles qui connaissent aujourd’hui de graves problèmes de santé : dégradation des organes, anomalies de croissance, disfonctionnements gynécologiques, dérèglements psychologiques.
Les conséquences du dopage se répercutent aussi sur leur descendance (effets tératogènes).
Avec l’aide du centre antidopage de Berlin (Doping-Opfer-Hilfe e.V), j’ai rencontré Ines Geipel (sprint), Brita Baldus (plongée), Marion Vogel (handball), Marie-Katrin Kanitz (patinage artistique) à Berlin, Kassel et Leipzig. Ces femmes ont servi de cobaye : elles ont absorbé des cocktails dopants qui ont métamorphosé leur corps, elles ont subi des opérations à leur dépend qui les ont handicapées, elles souffrent aujourd’hui de nombreuses séquelles physiques et psychologiques et ne peuvent avoir d’enfants.
Alors que le monde du sport est régulièrement entaché de scandales pour dopage avec au premier rang le cas de la Russie, suspendue de compétitions internationales d’athlétisme, obligée de se séparer de dizaines d’entraîneurs qui affirment ne pas comprendre comment travailler sans produits dopants, la question du dopage reste et restera indissociable de l’actualité sportive aux égards des enjeux politiques et économiques qui la sous-tendent. Peut-on envisager le sport de haut niveau sans booster ? Peut-on parler de bon et de mauvais dopage ? Le sport ne s’impose-t-il pas comme le révélateur de l’état généralisé d’un monde gonflé aux hormones ? Pour citer Paul B. Preciado : « Nous vivons sous le contrôle de technologies moléculaires », que ce soit pour baiser, nous reproduire, contrôler notre reproduction, changer de genre, mais encore tenir le coup, dormir, lutter contre la maladie, retarder le vieillissement, répondre aux canons de beauté… « Nous sommes des hommes et des femmes de laboratoire, effet d’une sorte de bioplatonisme politico-scientifique ».
Ce sont toutes ces questions que je souhaite soulever en m’appuyant sur les récits des victimes et sur ceux de médecins du sport ou de médecins spécialisés du dopage. Je veux explorer des états de corps pharmaceutiquement modifiés, en collaboration avec une danseuse-acrobate et avec le concours de projections vidéo (matières cellulaires, texte, formules chimiques projetés sur le corps lui-même et sur l’ensemble de l’espace scénique) et d’une composition musicale très présente (sons organiques, fragments de texte). Comment un corps dopé se meut ? Que se passe-t-il à l’intérieur ? Quels impacts y a-t-il sur les organes ? Comment exprimer la perte de sensation et le contrôle chimique ?

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MISE EN SCÈNE DU SPECTACLE

MISE EN SCENE

A partir de toutes ces questions et en m’appuyant sur les récits de victimes du dopage et de médecins spécialisés, je souhaite explorer le rapport paradoxal et aliénant que le sport entreprend avec le corps. A toujours vouloir dépasser les limites de la performance, le corps dépasse aussi les siennes au point de basculer dans l’irréversible. Je veux partir de la journée type d’une athlète de haut niveau chimiquement assistée, dont l’état alterne entre la surpuissance physique et …

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EXTRAIT DU TEXTE

EXTRAIT

Hello. My name is Nikolina. I am a professional swimmer. I am 15 years old. I will tell you what my day is made of. I wake up at 5h45 in the morning. I sleep in one room together with my little sister. She wakes up later than me to go to school. Usually, it is still dark outside, but I can see some lights in the building opposite to mine, people prepare to go to the factory. I wake up, I spend a very short time in bathroom. To go to the bathroom, I have to cross the living room, where my parents are sleeping. I go to the kitchen. My father has already prepared breakfast. My breakfast is composed of very white coffee with milk, 2 crispbreads with a bit of butter and 2 small spoons of plum jam, one yogurt and a big glass of orange juice. I swallow all my breakfast, I put my clothes on, I tie back my hair, I kiss my father, I get onto my bike and ride for 2 kilometres to the swimming pool for my first training, that starts at 7h15.

ÉQUIPE

Conception, chorégraphie Judith Depaule
Enquête et traduction Astrid Rostaing
Performance Nikolina Komljenovic
Lumières Bruno Pocheron
Développement et régie vidéo Dariusz Makaruk
Musique Maglone Vidal

PRODUCTION

Mabel Octobre (conventions Drac et Région Ile de France)