Corps de femme 4 –
Les pilules bleues

Volet 4 de la quadrilogie Corps de femme — Allemagne

« Il est plus facile de viriliser des femmes que de surviriliser des hommes pour améliorer les performances. La caractéristique de l’Allemagne de l’Est était justement de dominer le sport féminin, et non le sport masculin, où elle était au même niveau que les autres. Il y avait des athlètes masculins de haut niveau en RDA mais ils étaient peu nombreux, au regard de toutes les championnes d’athlétisme et de natation qui ont hissé le pays aux premières places des podiums olympiques. »
— Jean-Pierre de Mondenard


en cours de création

INTENTION

Une quadrilogie : Femmes — genre et sport
Pour me confronter aux  stéréotypes que soulèvent la thématique « femmes – genre et sport », j’ai souhaité créer une série de spectacles sur des sportives qui pratiquent des disciplines considérées traditionnellement comme viriles où que l’on a cherché à viriliser. J’ai filmé et interviewé des sportives, puisé dans l’histoire du sport et dans ses règles, emprunté sa gestuelle et son vocabulaire, fait le choix d’une scénographie et d’une partition sonore qui suggère un terrain de jeu. J’ai voulu dénoncer des systèmes de pensées complexes et contradictoires, imposés par l’enjeu de la performance sportive, la bicatégorisation des sexes et un monde sous domination masculine.

L’accès au sport pour les femmes a fait l’objet d’un long combat avec le corps médical qui pensait (et pense encore) que la fonction première du corps de la femme est la procréation, que la pratique sportive viendrait pervertir, altérer voire annuler.

Le masculin préfère voir la femme dans un corps contraint dont il dispose et qu’il maîtrise, non expansif si ce n’est pour son plaisir, en bref non émancipé. De fait, le sport déplace le corps de la femme sur un territoire déjà occupé. La participation des femmes aux compétitions a toujours été sujette à caution et s’est accompagnée de tests de féminité (certificat, examen gynécologique, contrôles chromosomiques X ou Y) pour prouver qu’elles étaient des femmes véritables. Malgré les programmes paritaires, le sport reste un révélateur d’inégalités (moyens, médiatisation, accès aux équipements), et s’impose comme une institution sociale de canonisation de féminité et de masculinité. La puissance physique brute – que de nombreux sports exigent – continue à être perçue comme une preuve matérielle et symbolique de l’ascendance biologique des hommes. Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe…

Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe…

Après avoir suivi en Pologne Kamila Skolimowska, première championne olympique du lancer du marteau féminin (Corps de femme 1- le marteau), j’ai exploré le territoire francilien et me suis tournée vers le rugby (Corps de femme 2 – le ballon ovale) et rencontré Nurcan Taylan, haltérophile, première sportive turque à avoir décroché l’or olympique (Corps de femme 3 – les haltères). J’ai également réalisé une enquête sur le sport féminin dans le canton de Genève qui a donné lieu à une exposition interactive (Corps de femme – variation #2) et à un film (Corps de femme – sportives suisses) et animé de nombreux ateliers sur la question (collèges, lycées, amateurs). Enfin, mes pas m’ont dirigé vers l’Allemagne et les sportives de l’ex-RDA, victimes du dopage, ayant fait partie du programme médical de la STASI, me menant à initier un quatrième spectacle intitulé Corps de femme 4 – les pilules bleues.

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INTENTION

Une quadrilogie : Femmes — genre et sport
Pour me confronter aux  stéréotypes que soulèvent la thématique « femmes – genre et sport », j’ai souhaité créer une série de spectacles sur des sportives qui pratiquent des disciplines considérées traditionnellement comme viriles où que l’on a cherché à viriliser. J’ai filmé et interviewé des sportives, puisé dans l’histoire du sport et dans ses règles, emprunté sa gestuelle et son vocabulaire, fait le choix d’une scénographie et d’une partition sonore qui suggère un terrain de jeu. J’ai voulu dénoncer des systèmes de pensées complexes et contradictoires, imposés par l’enjeu de la performance sportive, la bicatégorisation des sexes et un monde sous domination masculine.

L’accès au sport pour les femmes a fait l’objet d’un long combat avec le corps médical qui pensait (et pense encore) que la fonction première du corps de la femme est la procréation, que la pratique sportive viendrait pervertir, altérer voire annuler.

Le masculin préfère voir la femme dans un corps contraint dont il dispose et qu’il maîtrise, non expansif si ce n’est pour son plaisir, en bref non émancipé. De fait, le sport déplace le corps de la femme sur un territoire déjà occupé. La participation des femmes aux compétitions a toujours été sujette à caution et s’est accompagnée de tests de féminité (certificat, examen gynécologique, contrôles chromosomiques X ou Y) pour prouver qu’elles étaient des femmes véritables. Malgré les programmes paritaires, le sport reste un révélateur d’inégalités (moyens, médiatisation, accès aux équipements), et s’impose comme une institution sociale de canonisation de féminité et de masculinité. La puissance physique brute – que de nombreux sports exigent – continue à être perçue comme une preuve matérielle et symbolique de l’ascendance biologique des hommes. Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe…

Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe…

Après avoir suivi en Pologne Kamila Skolimowska, première championne olympique du lancer du marteau féminin (Corps de femme 1- le marteau), j’ai exploré le territoire francilien et me suis tournée vers le rugby (Corps de femme 2 – le ballon ovale) et rencontré Nurcan Taylan, haltérophile, première sportive turque à avoir décroché l’or olympique (Corps de femme 3 – les haltères). J’ai également réalisé une enquête sur le sport féminin dans le canton de Genève qui a donné lieu à une exposition interactive (Corps de femme – variation #2) et à un film (Corps de femme – sportives suisses) et animé de nombreux ateliers sur la question (collèges, lycées, amateurs). Enfin, mes pas m’ont dirigé vers l’Allemagne et les sportives de l’ex-RDA, victimes du dopage, ayant fait partie du programme médical de la STASI, me menant à initier un quatrième spectacle intitulé Corps de femme 4 – les pilules bleues.

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MISE EN SCÈNE DU SPECTACLE

MISE EN SCENE

Avec l’aide du centre antidopage de Berlin (Doping-Opfer-Hilfe e.V), j’ai rencontré Ines Geipel (sprint), Brita Baldus (plongée), Marion Vogel (handball), Marie-Katrin Kanitz (patinage artistique) à Berlin, Kassel et Leipzig. Ces femmes ont servi de cobaye : suite aux cocktails dopants qu’elles ont absorbés et les opérations chirurgicales qu’elle ont subies, elles souffrent aujourd’hui de séquelles physiques et psychologiques et ne peuvent avoir d’enfants.

Alors que le monde du sport est régulièrement entaché de scandales pour dopage avec au premier rang le cas de la Russie, suspendue de compétitions internationales d’athlétisme, obligée de se séparer de dizaines d’entraîneurs qui affirment ne pas comprendre comment travailler sans produits dopants, la question du dopage reste et restera indissociable de l’actualité sportive eu égard aux enjeux politiques et économiques qui la sous-tendent. Peut-on envisager le sport de haut niveau sans booster ? Peut-on parler de bon et de mauvais dopage ? Le sport ne s’impose-t-il pas comme le révélateur de l’état généralisé d’un monde gonflé aux hormones ? Nous sommes chimiquement assistés pour baiser, nous reproduire, contrôler notre reproduction, changer de genre, mais encore tenir le coup, dormir, lutter contre la maladie, retarder le vieillissement, répondre aux canons de beauté ?

Ce sont toutes ces questions que je souhaite soulever en m’appuyant sur les récits des victimes et sur ceux de médecins du sport ou de médecins spécialisés du dopage. Je veux explorer des états de corps pharmaceutiquement modifiés, en collaboration avec une danseuse-acrobate et avec le concours de projections vidéo (matières cellulaires, texte, formules chimiques projetés sur le corps lui-même et sur l’ensemble de l’espace scénique) et d’une composition musicale originale (sons organiques, fragments de texte). Comment un corps dopé se meut ? Que se passe-t-il à l’intérieur ? Quels impacts y a-t-il sur les organes ? Comment exprimer la perte de sensation et le contrôle chimique ?

Je souhaite explorer le rapport paradoxal et aliénant que le sport entreprend avec le corps. à toujours vouloir dépasser les limites de la performance, le corps dépasse aussi les siennes au point de basculer dans l’irréversible. Je veux partir de la journée type d’une athlète de haut niveau chimiquement assistée, dont l’état alterne entre la surpuissance physique et une torpeur médicamenteuse.

Le choix de l’acrobatie aérienne organisée autour d’un rideau de fils de pèche permet d’explorer, d’une part, la chute et le lâcher prise, la sensation de vertige et de flottement, la torsion et la dislocation des membres et, d’autre part, de varier les rythmes entre sidération et accélération.

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EXTRAIT DU TEXTE

EXTRAIT

Hello. My name is Nikolina. I am a professional swimmer. I am 15 years old. I will tell you what my day is made of. I wake up at 5h45 in the morning. I sleep in one room together with my little sister. She wakes up later than me to go to school. Usually, it is still dark outside, but I can see some lights in the building opposite to mine, people prepare to go to the factory. I wake up, I spend a very short time in the bathroom. To go to the bathroom, I have to cross the living room, where my parents are sleeping. I go to the kitchen. My father has already prepared breakfast. My breakfast is composed of very white coffee with milk, 2 crispbreads with a bit of butter and 2 small spoons of plum jam, one yogurt and a big glass of orange juice. I swallow all my breakfast, I put my clothes on, I tie back my hair, I kiss my father, I get onto my bike and ride for 2 kilometres to the swimming pool for my first training, that starts at 7h15.

ÉQUIPE

Conception, chorégraphie Judith Depaule
Enquête et traduction Astrid Rostaing
Performance Nikolina Komljenovic
Lumières Bruno Pocheron
Développement et régie vidéo Dariusz Makaruk
Musique Maglone Vidal

PRODUCTION

Mabel Octobre (conventions Drac et Région Ile de France)