CORPS DE FEMME 4 LES PILULES BLEUES

En Allemagne, Judith Depaule dirigera son investigation vers une sportive de l’ex-RDA, victime du dopage, ayant fait partie du programme médical de la STASI. C’est moins la spécificité d’une discipline sportive qui sera au centre du spectacle que la volonté étatique d’avoir voulu faire de ces femmes des hommes en puissance.

> Corps de femme 1 – le marteau
> Corps de femme 2 – le ballon ovale
> Corps de femme 3 – les haltères

La chute du mur de Berlin en 1989, a révélé le côté obscur du sport est-allemand  à travers le plan « 14.25 », programme très sophistiqué de dopage de la STASI destinés aux sportifs de l’ex-R.D.A.
Alors qu’en 1989, la RDA dépensait encore des sommes colossales pour le sport, le plan « 14.25 » était au centre du miracle sportif du pays : fonctionnaires et scientifiques développaient ensemble de nouvelles techniques de dopage toujours plus efficaces.

Avec ce programme de dopage quasi industriel, la RDA entendait obtenir une reconnaissance internationale face à l’Allemagne de l’Ouest. Entre 1974 et 1989, persuadés de prendre des vitamines, environ 100 000 athlètes ont avalé des cocktails aux hormones, en particulier des pilules bleues d’Oral Turinabol, un stéroïde anabolisant. Le Secrétaire général du Parti socialiste unifié (SED),  Walter Ulbricht, les nommait « diplomates en survêtement », de véritables soldats en tenue de sport. En onze Olympiades, le pays récoltait  519 médailles, dont 192 en or.

Le programme touchait plus particulièrement les femmes, nouvel enjeu des compétitions à partir de la fin des années 60. La prise de produits dopants chez ces dernières, souvent dès l’âge de quartorze ans, entraînait le développement de caractères sexuels secondaires masculins (transformations corporelles et mue de la voix) et l’apparition de troubles psychologiques et cardiaux, de dérèglements hormonaux, de problèmes de stérilité ou encore de malformation de leur descendance.

Heidi Krieger qui, traitée à son insu avec des anabolisants et des hormones masculines a changé de sexe en 1997, a confié « Personne ne s’est jamais posé la question de savoir si c’était dangereux ou non. Les coaches nous expliquaient que ces pilules étaient importantes pour que nous restions en forme et en bonne santé. Il ne m’est jamais venu à l’idée que cela pouvait m’être nocif. Notre entraînement était incroyablement poussé, je pensais que c’était la raison pour laquelle je gagnais en force et en muscle. »

L’ancienne nageuse de niveau international de l’ex-République démocratique allemande, Karen König, s’est battue six ans afin que le Comité olympique allemand (DOSB) reconnaisse sa part de responsabilité dans les séquelles laissées par le dopage forcé mené en Allemagne de l’Est. 167 anciens sportifs répertoriés ont été dédommagés financièrement. Mais le combat continue et la question de l’impunité demeure.

Pour la création du quatrième volet de Corps de femme, Judith Depaule ira à la rencontre d’anciennes sportives victimes de dopage. C’est moins la spécificité d’une discipline sportive qui sera au centre du spectacle que la volonté étatique d’avoir voulu faire de ces femmes des hommes en puissance. Le sport sera déterminé en fonction de l’athlète qui acceptera de se livrer sur ce sujet encore tabou.