CORPS DE FEMME 3 LES HALTÈRES

Turquie

J’ai été championne du monde mais pour moi c’est derrière, et je m’entraîne en pensant à ce que je peux faire l’année prochaine. J’ai des rêves plutôt dirigés vers l’avenir, je ne rêve pas du passé. J’ai été désignée comme la femme la plus forte du monde en soulevant deux fois et demi mon poids, mais en fin de compte je suis une femme, je n’aime pas trop dire que je suis très forte, car je suis en même temps quelqu’un de très sentimental et de fragile.

> Corps de femme 1 – le marteau
> Corps de femme 2 – le ballon ovale
> Corps de femme 4 – les pilules bleues

mise en scène

 
Entre danse, sport, vidéo et théâtre, à partir du portrait de Nurcan Taylan, le spectacle cherche à aborder les figures du corps genré. Après les deux premiers Corps de femme interprétés par des comédiennes où le corps était mis en jeu à travers des gestuelles propres aux sports concernés, il s’agit de pousser plus avant l’exploration physique dans le troisième volet afin de trouver une écriture qui s’exprime d’avantage par le mouvement que par le texte et par le rapport du mouvement à l’image. Parler du corps par le corps, le retrancher à lui-même, le texte devenant lui aussi mouvement, un état du corps.
 
Nurcan Taylan présente un corps ambigu et multiple par excellence, passant par des états très différents : corps d’haltérophile ou de gymnaste, corps de femme ou d’homme, corps d’adulte ou d’enfant, corps gracile et fort, corps beau et monstrueux, corps en hyper tension et libéré. Il s’agit de retrouver les clés de ces états, de montrer les passages d’un état à un autre « en direct », d’explorer les mécanismes de transformation. Pour ce faire la danseuse Elisa Yvelin s’appropriera la gestuelle de l’haltérophile (séances d’entraînements), pour ensuite l’amplifier et la détourner lors des résidences d’écriture chorégraphique.
 
Le spectacle s’organisera dans l’espace autour de projections vidéo et de l’équipement officiel requis en compétition d’haltérophilie (plateau rehaussé de 4mx4m, barre, porte barre, charges), ainsi que de matériel factice plus léger (la barre olympique des femmes pèse à elle seule 20kg !).
 
À l’image, d’un côté, la sportive durant l’entraînement, parfois en très gros plans ou filmée au très grand angle, dans la ville, avec son entourage, se racontant. De l’autre côté, son double, une silhouette dessinée qui se superpose à la vidéo, vit sa vie, s’échappant du cadre et créant une circulation avec le plateau : un dessin animé sur le mode de La Linea de Osvaldo Cavandoli. L’animation permet de prolonger le travail de transformation corporelle en l’exacerbant à l’extrême par un jeu de déformations illimitées (à la Hulk ou San Goku : métamorphose, explosion des muscles…).
 
La musique suivra les mouvements structurels de l’haltérophilie et de son entraînement, reprenant à son compte les sons captés lors du reportage (cris des athlètes, bruits des haltères retombant sur le sol, rotation des haltères sur leur socle, enclenchement des charges sur la barre, bruits du corps en tension, pas, respirations) et enrichis de sons créés à partir d’un Serge (SMMS, synthétiseur analogique).
 
L’écriture chorégraphique s’articulera autour de 3 axes :
 
- établissement d’un catalogue d’états du corps, de mécanismes de transformation et de passages d’un état à un autre ;
- détournement de l’équipement d’haltérophilie utilisé à d’autres fins ou avec d’autres types de gestuelle (barre des haltères devenant une barre de classique ou une barre de pole dance…) ;
- rapport à l’image vidéo et au film d’animation, circulation entre le corps vivant, le corps vidéo et le corps dessiné animé.

histoire, chiffres et technique

 
L’haltérophilie est l’expression la plus manifeste de la force physique. Depuis l’Antiquité les hommes exécutent des tours de force, se donnant en spectacle dans des exercices de portés ou de levés. Les concours d’hommes les plus forts ont donné naissance au 19e siècle à l’haltérophilie moderne. On trouve de la même façon en Europe, au Canada et aux États-Unis fin du 19e – début du 20e siècle, des femmes d’une force exceptionnelle se produisant dans des cirques ou lors de spectacles. C’est une des disciplines inscrites à la reprise des JO modernes en 1896, mais uniquement pour les hommes. Les femmes y font leur entrée 104 ans plus tard, après avoir servi de hors-d’oeuvres attractifs aux compétitions masculines.
 
1987 – premier championnat du monde féminin à Miami (USA)
1996 – première compétition féminine turque à Antalya
1998 – 7 catégories de poids désormais pour les femmes -48, -53, -58, -63, -69, -75, +75kg
2000 – les haltères féminines entrent aux JO de Sydney
 
La fédération d’haltérophilie turque voit le jour en 1923 avec la fondation de la république. Dans les années 60, le sport se démocratise, des clubs s’ouvrent et les athlètes turcs commencent à accéder aux premières places. Après Naim Süleymanoğlu (-62kg), héros national avec 3 médailles d’or olympiques (1988, 1992, 1996), 16 titres mondiaux et 50 records, qui font de lui l’un des haltérophiles les plus titrés, et Halil Mutlu (-56kg), 3 fois médaillé d’or olympique (1996, 2000, 2004), la relève est aujourd’hui du côté des femmes. On peut dorénavant dire « forte comme une Turque »!
 
L‘apparente simplicité que revêt le fait de soulever la barre est trompeuse. L’haltérophilie n’exige pas seulement de la force brute, mais aussi de la rapidité, de la technique, de la concentration et de la coordination, au prix de centaines d’heures d’entraînement. L’athlète le plus musclé du monde n’arrivera à rien s’il n’a pas la technique appropriée. Contrairement aux apparences, ce ne sont pas les haltérophiles les plus lourds qui sont les plus forts. Au kilogramme près, les poids légers soulèvent souvent une charge plus importante. Les épreuves se composent de deux types de mouvements différents : l’arraché et l’épaulé-jeté. L’arraché consiste à soulever la barre au-dessus de la tête bras tendus en un seul mouvement. L’épaulé-jeté consiste à soulever la barre jusqu’aux épaules, à se redresser, puis à jeter la barre à hauteur de bras au-dessus de la tête. En compétition, les haltérophiles disposent de trois tentatives pour chaque mouvement et les meilleures performances obtenues pour les deux mouvements sont additionnés pour déterminer les vainqueurs.

équipe

conception, chorégraphie Judith Depaule
assistanat scénographie et structure anatomique Sophie Cohen
musique Laurent Dailleau
lumières Bruno Pocheron
vidéo Mehmet Çam
logistique tournage et traduction Selen Bastion
programmation, régie vidéo Olivier Heinry
dessin animé Clément Bigot
direction technique Loïc Savina
consultants haltérophilie Romuald Ernault (Fédération Française d’Haltérophile, musculation, force athlétique et culturisme), Mikael Ernault et Gabrielle Darque
avec Élisa Yvelin (danse)
et à l’image Nurcan Taylan, haltérophile, première femme turque sacrée championne olympique et championne du monde en titre

production

(en cours)

Mabel Octobre (conventions DRAC et Région Ile-de-France)
avec le soutien en production de Confluences
avec le concours des Instituts français d’Ankara et d’Istanbul et l’aimable autorisation de la Fédération turque d’haltérophilie

 

  • SAISON 2011-2012

résidence 1
au Nouveau Théâtre de Montreuil et à Confluences, octobre 2011
suivie d’une première étape de travail présentée au public
à Confluences, Paris XXème
9 et 10 décembre 2011
 
résidence 2
à PACT Zollverein (Choreographisches Zentrum NRW GmbH)
Essen, Allemagne
mars 2012
 
festival Idans
İstanbul, Turquie
octobre 2012
 
Théâtre à Châtillon
Châtillon (92)
 

  • SAISON 2012-2013

Le Grand R – scène nationale
La Roche sur Yon (85)
mars 2013