CORPS DE FEMME 3 LES HALTÈRES

Turquie

J’ai été championne du monde mais pour moi c’est derrière, et je m’entraîne en pensant à ce que je peux faire l’année prochaine. J’ai des rêves plutôt dirigés vers l’avenir, je ne rêve pas du passé. J’ai été désignée comme la femme la plus forte du monde en soulevant deux fois et demi mon poids, mais en fin de compte je suis une femme, je n’aime pas trop dire que je suis très forte, car je suis en même temps quelqu’un de très sentimental et de fragile.

> Corps de femme 1 – le marteau
> Corps de femme 2 – le ballon ovale
> Corps de femme 4 – les pilules bleues

mise en scène

Entre danse, sport, vidéo et théâtre, à partir de la figure de Nurcan Taylan, haltérophile turque, le spectacle cherche à aborder les figures du corps genré. Après les deux premiers Corps de femme interprétés par des comédiennes où le corps était mis en jeu à travers des gestuelles propres aux sports concernés, il s’agit de pousser plus avant l’exploration physique dans le troisième volet afin de trouver une écriture qui s’exprime d’avantage par le mouvement que par le texte et par le rapport du mouvement à l’image. Parler du corps par le corps, le retrancher à lui-même, le texte devenant lui aussi mouvement, un état du corps.

Nurcan Taylan est la première femme turque à avoir remporté l’or olympique à son pays en 2004 à Athènes, dans la catégorie des -48kg, alors que l’haltérophilie féminine figurait pour la seconde fois aux jeux olympiques. Elle a son actif des records et plusieurs titres de championne d’Europe et du monde. Nurcan présente un corps ambigu et multiple, passant par des états très différents : corps d’haltérophile ou de gymnaste, corps de femme ou d’homme, corps d’adulte ou d’enfant, corps gracile et fort, corps beau et monstrueux, corps en hyper tension et libéré. Il s’agit d’explorer différents états de corps, de repérer les mécanismes de transformation, les passages d’un état à un autre. La danseuse Elisa Yvelin a suivi un entraînement d’haltérophilie dont elle reproduit la gestuelle, l’amplifie et la détourne. Sa danse s’inspire également des positions des culturistes d’aujourd’hui comme du style et des chorégraphies de Lisa Lyon qui remporta les premiers championnats de bodybulding féminin à Los Angeles en 1979 et qui fut immortalisée par les photographes Robert Mappelthorpe et Helmut Newton.

Un costume de muscles (structure anatomique) et des projections vidéo participent aux métamorphoses successives du corps de la danseuse. La scénographie s’organise autour d’un écran central et de l’équipement d’haltérophilie requis (plateau, barre, porte squat, charges).

Les projections vidéo se déclinent en un écran central en hauteur et une projection mouvante dans l’espace (vidéo projecteur muni d’un miroir pivotant, piloté à distance, pour rediriger le flux vidéo) qui peut aussi bien s’apposer sur le décor que sur le corps de la danseuse et suivre ses mouvements. La vidéo décline, d’une part, des images « documentaires » :
- Nurcan Taylan durant l’entraînement et dans la ville :
- des interviews de l’athlète en turc, traduits en français ;
- des haltères qui tournoient ou tombent sur le sol, des morceaux de son corps, la salle d’entraînement ;

d’autre part, des séquences animées :
- une silhouette dessinée sur le mode de La Linea de Osvaldo Cavandoli qui se superpose à la vidéo, vit sa vie, s’échappe du cadre, vient trouver refuge sur le corps de la danseuses, créant une circulation avec le plateau comme un double ludique, tantôt à taille humaine, tantôt miniature ;
- des projections de textures en lien avec l’anatomie qui viennent épouser le corps de la danseuse : cœurs palpitants, écorché, flux sanguin.

La musique suit les mouvements structurels de l’haltérophilie et de son entraînement, reprenant à son compte les sons captés lors du reportage (cris des athlètes, bruits des haltères retombant sur le sol, rotation des haltères sur leur socle, enclenchement des charges sur la barre, bruits du corps en tension, pas, respirations) et enrichis de sons créés à partir d’un Serge (SMMS, synthétiseur analogique).

histoire, chiffres et technique

 
L’haltérophilie est l’expression la plus manifeste de la force physique. Depuis l’Antiquité les hommes exécutent des tours de force, se donnant en spectacle dans des exercices de portés ou de levés. Les concours d’hommes les plus forts ont donné naissance au 19e siècle à l’haltérophilie moderne. On trouve de la même façon en Europe, au Canada et aux États-Unis fin du 19e – début du 20e siècle, des femmes d’une force exceptionnelle se produisant dans des cirques ou lors de spectacles. C’est une des disciplines inscrites à la reprise des JO modernes en 1896, mais uniquement pour les hommes. Les femmes y font leur entrée 104 ans plus tard, après avoir servi de hors-d’oeuvres attractifs aux compétitions masculines.
 
1987 – premier championnat du monde féminin à Miami (USA)
1996 – première compétition féminine turque à Antalya
1998 – 7 catégories de poids désormais pour les femmes -48, -53, -58, -63, -69, -75, +75kg
2000 – les haltères féminines entrent aux JO de Sydney
 
La fédération d’haltérophilie turque voit le jour en 1923 avec la fondation de la république. Dans les années 60, le sport se démocratise, des clubs s’ouvrent et les athlètes turcs commencent à accéder aux premières places. Après Naim Süleymanoğlu (-62kg), héros national avec 3 médailles d’or olympiques (1988, 1992, 1996), 16 titres mondiaux et 50 records, qui font de lui l’un des haltérophiles les plus titrés, et Halil Mutlu (-56kg), 3 fois médaillé d’or olympique (1996, 2000, 2004), la relève est aujourd’hui du côté des femmes. On peut dorénavant dire « forte comme une Turque »!
 
L‘apparente simplicité que revêt le fait de soulever la barre est trompeuse. L’haltérophilie n’exige pas seulement de la force brute, mais aussi de la rapidité, de la technique, de la concentration et de la coordination, au prix de centaines d’heures d’entraînement. L’athlète le plus musclé du monde n’arrivera à rien s’il n’a pas la technique appropriée. Contrairement aux apparences, ce ne sont pas les haltérophiles les plus lourds qui sont les plus forts. Au kilogramme près, les poids légers soulèvent souvent une charge plus importante. Les épreuves se composent de deux types de mouvements différents : l’arraché et l’épaulé-jeté. L’arraché consiste à soulever la barre au-dessus de la tête bras tendus en un seul mouvement. L’épaulé-jeté consiste à soulever la barre jusqu’aux épaules, à se redresser, puis à jeter la barre à hauteur de bras au-dessus de la tête. En compétition, les haltérophiles disposent de trois tentatives pour chaque mouvement et les meilleures performances obtenues pour les deux mouvements sont additionnés pour déterminer les vainqueurs.

équipe

conception, chorégraphie Judith Depaule
assistanat scénographie et structure anatomique Sophie Cohen
musique Laurent Dailleau
lumières Bruno Pocheron
vidéo Mehmet Çam
construction décor Samuel Carneiro
matériel Pallini Sport
logistique tournage et traduction Selen Bastion
robotique, programmation, régie vidéo Olivier Heinry
dessin animé Clément Bigot et Julien Jourdain de Muizon
accompagnement Body Mind Centering Tamara Milla-Vigo
direction technique Tanguy Nédélec
consultants haltérophilie Romuald Ernault (Fédération Française d’Haltérophile, musculation, force athlétique et culturisme), Mickael Ernault et Gabrielle Darque
avec Élisa Yvelin (danse)
et à l’image Nurcan Taylan, haltérophile, première femme turque sacrée championne olympique et championne du monde en titre

production

Mabel Octobre (conventions DRAC et Région Ile-de-France)
avec le soutien en production de Confluences
résidences de création Nouveau Théâtre de Montreuil, Confluences, Pact Zollverein Choreographisches Zentrum
avec le concours des Instituts français d’Ankara et d’Istanbul et l’aimable autorisation de la Fédération turque d’haltérophilie

partenaires

remerciements

remerciements au Nouveau Théâtre de Montreuil (résidence de création), au Fab Lab
de Ping, à Laurent Bolognini, Julien Fezans, Björn Hartmann, Romain Chantereau, Nina Salles, Dardart, Natacha Nikouline et Stéphane Ruchaud

 

  • SAISON 2012-2013

Théâtre à Châtillon
Châtillon (92)
le vendredi 19 janvier 2013 à 20h30
le dimanche 20 janvier 2013, à 14h30, intégrale des 3 spectacles
 
L’Apostrophe, théâtre des arts – scène nationale
Cergy (95)
le samedi 2 février 2013 à 20h30 (précédé de Corps de femme 2)
 
Festival Edgy Women
Club de boxe Chat Bleu – Montréal (Canada)
les 8 et 9 mars 2013 à 20h50
précédé d’une diffusion du film Corps de femme – Variation #1 le 2 mars
réalisé avec le soutien du Service de Coopération et d’Action Culturelle du Consulat Général de France à Québec
 

 
Le Grand R – scène nationale
La Roche sur Yon (85)
le jeudi 28 mars à 14h15
le vendredi 29 mars 2013 à 21h
le samedi 30 mars 2013 à 22h (précédé de Corps de femme 1 et de Corps de femme 2)
 

  • SAISON 2011-2012

création
à Confluences
Paris (20e)
du 29 septembre 2012 au 2 octobre 2012
représentations suivies de débats et de projections
 
résidence 2
à PACT Zollverein (Choreographisches Zentrum NRW GmbH)
Essen, Allemagne
mars 2012
représentations à l’issu de cette résidence
les 29, 30 et 31 mars 2012
 
résidence 1
au Nouveau Théâtre de Montreuil et à Confluences, octobre 2011
suivie d’une première étape de travail présentée au public
à Confluences, Paris XXème
9 et 10 décembre 2011
 


 

 
Je suis sportive et toi ?
 
Vignettes vidéo / en continu
samedi 22 septembre 2012 – de 15h à 21h
dimanche 23 septembre 2012 – de 15h à 19h
au Cinéma de Châtillon
dans le cadre du 15e festival Les Arts dans la rue
 
« J’aime faire du sport, j’aime bouger, ça fait du bien au corps et à la tête ».
 
Si aujourd’hui, le sport fait partie de notre quotidien, l’accès à la pratique sportive a longtemps été confisqué aux femmes, par la médecine, pour des raisons bien masculines. Des sportives de tous âges, vivant à Châtillon ou ses environs, racontent leur lien au sport et au dépassement de soi. Ces vignettes vidéo ont été réalisées par Judith Depaule, en lien avec la venue de Corps de femme au Théâtre de Châtillon en janvier 2013.
 
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Des débats et projections ont été organisé autour de la création de Corps de femme 3 – les haltères à Confluences (Paris 20e) du 29 septembre au 2 octobre 2012.
 
- le samedi 29 septembre : un débat sur « L’haltérophilie : un sport conseillé pour les femmes? » avec Philippe Le Van (directeur de la Commission médicale – Haut-niveau) et Franck Collinot (ancien entraîneur national et gérant de Pallini Sport)
- le dimanche 30 septembre : une projection du film Corps de femme – variation 1 (35’) (atelier d’écriture mené par Judith Depaule avec un groupe de femmes sur leur rapport au sport et à leur corps, ayant donné lieu à la réalisation de 8 courts-métrages)
- le lundi 1er octobre : un débat sur « Record féminin : évolution physique ou dopage? » avec Anaïs Bohuon (sociologue du genre et du sport) et Jacques Cortie (fondateur de Sportiva Infos, le sport au féminin)
- le mardi 2 octobre : une projection du film Corps de femme – variation 1 (35’)