Corps de femme 2 –
le ballon ovale

Volet 2 de la quadrilogie Corps de femme – France

« Le rugby féminin est un peu différent du rugby masculin, du fait qu’on est moins puissantes on joue plus l’évitement et on essaie plus de faire jouer après nous. On a des passes moins spectaculaires, on est femme dans le rugby mais, même si on est des femmes, on n’est pas des chochottes. »

Durée 50 min
Disponible en tournée
Captation vidéo disponible sur demande en DVD et en téléchargement
Création à Confluences (Paris), le 14 septembre 2010
Tout public

INTENTION

Une quadrilogie : Femmes — genre et sport
Pour me confronter aux  stéréotypes que soulèvent la thématique « femmes – genre et sport », j’ai souhaité créer une série de spectacles sur des sportives qui pratiquent des disciplines considérées traditionnellement comme viriles où que l’on a cherché à viriliser.
J’ai filmé et interviewé des sportives, puisé dans l’histoire du sport et dans ses règles, emprunté sa gestuelle et son vocabulaire, fait le choix d’une scénographie et d’une partition sonore qui suggère un terrain de jeu. J’ai voulu dénoncer des systèmes de pensées complexes et contradictoires, imposés par l’enjeu de la performance sportive, la bicatégorisation des sexes et un monde sous domination masculine.
L’accès au sport pour les femmes a fait l’objet d’un long combat avec le corps médical qui pensait (et pense encore) que la fonction première du corps de la femme est la procréation, que la pratique sportive viendrait pervertir, altérer voire annuler.
Le masculin préfère voir la femme dans un corps contraint dont il dispose et qu’il maîtrise, non expansif si ce n’est pour son plaisir, en bref non émancipé. De fait, le sport déplace le corps de la femme sur un territoire déjà occupé. La participation des femmes aux compétitions a toujours été sujette à caution et s’est accompagnée de tests de féminité (certificat, examen gynécologique, contrôles chromosomiques X ou Y) pour prouver qu’elles étaient des femmes véritables. Malgré les programmes paritaires, le sport reste un révélateur d’inégalités (moyens, médiatisation, accès aux équipements), et s’impose comme une institution sociale de canonisation de féminité et de masculinité. La puissance physique brute – que de nombreux sports exigent – continue à être perçue comme une preuve matérielle et symbolique de l’ascendance biologique des hommes. Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe…
Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe…
Après avoir suivi en Pologne Kamila Skolimowska, première championne olympique du lancer du marteau féminin (Corps de femme 1- le marteau), j’ai exploré le territoire francilien en me tournant vers le rugby pour Corps de femme 2 – le ballon ovale.

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INTENTION

Une quadrilogie : Femmes — genre et sport
Pour me confronter aux  stéréotypes que soulèvent la thématique « femmes – genre et sport », j’ai souhaité créer une série de spectacles sur des sportives qui pratiquent des disciplines considérées traditionnellement comme viriles où que l’on a cherché à viriliser.
J’ai filmé et interviewé des sportives, puisé dans l’histoire du sport et dans ses règles, emprunté sa gestuelle et son vocabulaire, fait le choix d’une scénographie et d’une partition sonore qui suggère un terrain de jeu. J’ai voulu dénoncer des systèmes de pensées complexes et contradictoires, imposés par l’enjeu de la performance sportive, la bicatégorisation des sexes et un monde sous domination masculine.
L’accès au sport pour les femmes a fait l’objet d’un long combat avec le corps médical qui pensait (et pense encore) que la fonction première du corps de la femme est la procréation, que la pratique sportive viendrait pervertir, altérer voire annuler.
Le masculin préfère voir la femme dans un corps contraint dont il dispose et qu’il maîtrise, non expansif si ce n’est pour son plaisir, en bref non émancipé. De fait, le sport déplace le corps de la femme sur un territoire déjà occupé. La participation des femmes aux compétitions a toujours été sujette à caution et s’est accompagnée de tests de féminité (certificat, examen gynécologique, contrôles chromosomiques X ou Y) pour prouver qu’elles étaient des femmes véritables. Malgré les programmes paritaires, le sport reste un révélateur d’inégalités (moyens, médiatisation, accès aux équipements), et s’impose comme une institution sociale de canonisation de féminité et de masculinité. La puissance physique brute – que de nombreux sports exigent – continue à être perçue comme une preuve matérielle et symbolique de l’ascendance biologique des hommes. Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe…
Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe…
Après avoir suivi en Pologne Kamila Skolimowska, première championne olympique du lancer du marteau féminin (Corps de femme 1- le marteau), j’ai exploré le territoire francilien en me tournant vers le rugby pour Corps de femme 2 – le ballon ovale.

Rugby féminin – chiffres et histoire

Le rugby féminin à XV suit exactement les mêmes règles que son homologue masculin. Il demeure une pratique sportive amateur. On compte, toutes sections confondues, avec une très forte progression depuis 2000, 14027 licenciées (9621 joueuses et 4406 encadrantes). Cette discipline, qui n’a pas encore acquis le même statut que son homologue masculin en France et qui ne dispose pas des mêmes moyens (en raison de sa non médiatisation et de la fossilisation des mentalités), possède sa propre histoire, marquée par des tentatives masculines d’exclure les femmes du jeu.

Le colonel Crespin, directeur national de l’éducation physique et des sports annonçait la couleur en 1969 : « Le rugby est contre-indiqué pour les joueurs filles et les femmes pour des raisons physiologiques évidentes. Cette pratique présente des dangers sur le plan physique et sur le plan moral… Aussi, je vous demande instamment de ne pas aider les équipes de rugby féminin… ».

On trouve, en France, des traces de rugby féminin au début du 20e siècle. En 1965, des équipes d’étudiantes se créent pour participer à une campagne « contre la faim dans le monde ». Des clubs se constituent et donnent naissance en 1970 à l’association française de rugby féminin. Deux ans plus tard, le premier championnat de rugby féminin a lieu (80 ans après celui des hommes). Il faut attendre 1989 pour que le rugby français fasse sa révolution avec l’intégration des féminines au sein de la Fédération française de rugby.
Le rugby peut se pratiquer dès 6 ans, l’entraînement restant mixte jusqu’à l’âge de 15 ans.
Le rugby féminin s’organise en 3 divisions et un top 10 des meilleurs clubs. L’équipe de France féminine participe à 3 compétitions officielles.
- La Coupe du Monde de rugby féminin à XV existe depuis 1991, elle se déroule tous les quatre ans. L’équipe de France s’y est classée troisième en 1991, 1994, 2002, 2006. Elle s’est classée quatrième lors de la dernière coupe du monde à Londres du 25/08 au 05/09 2010.
- Le championnat d’Europe FIRA est organisé depuis 1995. Il a été remporté par la France en 1996, 1999, 2000 et 2004 (grand chelem).
- Le Tournoi des cinq nations féminin, créé en 1999, est devenu Tournoi des six nations depuis 2001. L’équipe de France féminine y a remporté le Grand Chelem en 2002, 2004 et 2006.
- En 2012, le rugby fait son entrée aux jeux Olympiques, dans sa version à 7.

Le spectacle s’articule autour de deux clubs :

- La section rugby de l’Athétic Club Bobigny 93 est créée en 1965 dans un club omnisport pour devenir une association indépendante, l’AC BOBIGNY 93 Rugby, en 2005. Une section féminine voit le jour en 2003 à l’initiative de Marc-Henry Kugler, professeur et créateur de l’équipe de rugby féminine de l’Université Paris 13 Bobigny. En quelques années, elle passe de la troisième division à l’Elite 1 / TOP 10. Plusieurs joueuses évoluent en équipe de France.

- Le Rugby Club Soisy Andilly Margency est l’un des premiers clubs à engager une équipe féminine (dès 1981) et la seule vitrine du rugby féminin dans le Val d’Oise. Il a contribué à la formation de plusieurs joueuses de l’équipe de France. La section féminine évolue en troisième division.

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MISE EN SCÈNE DU SPECTACLE

MISE EN SCENE

J’ai souhaité recréer une équipe de rugby à XV fabriquée de toutes pièces, à partir de joueuses issues de 2 clubs : un club de troisième division et un club classé dans le top 10 dont certaines joueuses évoluent en équipe de France. Ce choix se veut le plus représentatif possible de l’état du rugby féminin aujourd’hui et tente de couvrir le spectre le plus large possible sans limitation d’âge ou de niveau.

Cette équipe regroupe des joueuses en activité : aussi bien des très jeunes et des débutantes comme d’autres en fin de « carrière », aussi bien des joueuses de troisième division que des joueuses de l’équipe de France. Chacune de ces joueuses a été interviewée sur son rapport à ce sport, à son corps et à sa féminité. Elle a été filmée en situation rugbystique (préparation, échauffement, entraînement…) et dans sa vie privée. Qui dit sport collectif, implique la participation et l’implication, ne serait-ce qu’en images de l’ensemble du club dont chaque joueuse « sélectionnée » fait partie.

Ces 15 portraits sont à la fois présents en image et restitués en paroles par une interprète unique, Aude Schmitter, qui décline tour à tour 15 identités et celle du collectif. La comédienne reprend à son compte la gestuelle rugbystique.

Le spectacle décline des considérations sur l’histoire du rugby féminin, relate la relation que ces femmes entretiennent avec ce sport, leur rapport à la violence et à leur féminité, les donne à voir en situation d’entraînement ou de match.
La scénographie du spectacle s’organise autour de 3 éléments :

- des figurines représentants 15 joueuses de rugby en situation ;
- un « terrain de jeu » figuré par un rectangle de gazon synthétique, tel qu’on en retrouve sur les terrains de sport et par un en-but ;
- une projection vidéo grand format cadrée par l’en-but, et des tours d’écran LCD petit format de part et d’autre de celui-ci, permettant d’opposer des images de nature, de valeur et de dynamique différentes.

Certaines images ont été retravaillées en postproduction (animation, compositing) ou filmées avec des partis pris particuliers (caméra embarquée, ralentis, gros plans, angles de vues inattendus), afin de sublimer leur aspect documentaire et de les faire basculer dans un champ onirique.

La musique se nourrit de sons produits par les joueuses durant leur pratique, retravaillés à l’ordinateur et agrémentés d’autres sources, formant une composition organique qui rythme l’ensemble du spectacle. Certaines parties sont jouées en direct, en dialogue avec le jeu scénique de la comédienne.

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EXTRAIT DU TEXTE

EXTRAIT

« Je suis intuitive. Je suis une guerrière.

Je suis sensible. Je joue au rugby, un sport viril par excellence.

Je suis altruiste. Je pratique un sport de combat qu’on qualifie de violent, mais régi par des règles.

Je suis maternelle. Je forme un grand corps solidaire, quand une fille de mon équipe est attaquée, c’est une partie de ma chair qui est meurtrie. Je peux mourir pour ma famille rugby.

Je suis gracieuse. Je touche, je shoote, je percute, j’attrape, je plaque, je défonce, je stoppe, je provoque l’adversaire.

Je suis séduisante. Je maîtrise la douleur, je ne suis pas une chochotte.

Je suis délicate. Je porte un short, un maillot, de grandes chaussettes, des crampons, un protège dents, un casque, des protections qui enveloppent mes formes.

Je suis fragile. Je ne suis pas apprêtée, je suis essoufflée, ébouriffée, débraillée, sale et couverte de sueur.

Je suis généreuse. Je mets mon corps en danger, je le pousse, je m’envoie, je me fatigue, j’ai mal aux muscles, je fabrique de l’acide lactique. J’aime les courbatures, quand je ne peux plus lever les bras, que je ne peux plus décoller de ma chaise et que je ne peux plus marcher.

Je suis harmonieuse. Je façonne mon corps, je fais de la musculation. Mon corps est dur, je suis tankée, mes muscles sont saillants, je suis baraquée, j’ai des bras de déménageuse, je suis plus forte et plus costaude que toi, tu pourrais t’y mettre aussi.

Je suis sensuelle. Après un match, je suis couverte de bleus, d’hématomes, d’égratignures, de croûtes, de balafres. Je suis allée au charbon, j’ai fait mon travail, j’ai tout donné, j’ai fait le maximum, j’ai joué à fond, à fond.

Je suis dévouée. Je me traîne par terre, je me roule dans la boue, je me lâche, je suis naturelle.

Je suis réceptive, compréhensive. Je bois de la bière, je rote, je pète, je crache, j’utilise un vocabulaire orienté sexe.

Je suis tendre, douce. Parce que le rugby, c’est une addiction, une raison de vivre, un loisir, l’école de la vie, un cadre, un équilibre, une passion, la fête, un plaisir, un défouloir, un exutoire, une dépense physique, un soulagement, un relâchement, un tranquillisant, un calmant, un relaxant, un décomplexant, une façon d’aimer mon corps et ma féminité. »

PROCHAINES DATES

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ÉQUIPE

Conception, scénographie, mise en scène Judith Depaule
Assistanat mise en scène Maylis Laharie
Vidéo Denis Gaubert, Jordane Chouzenoux
Animation, compositing Géraldine Cugnière, Emma Tsekas (et l’aide de Anthony Le Saoût)
Musique Laurent Dailleau
Prise de son, régie Julien Fezans
Création lumières Bruno Pocheron
Régie lumières Martin Rossi
Régie, programmation Olivier Heinry
Direction technique Tanguy Nédélec
Réalisation décor Samuel Carneiro
Travail corporel Tamara Milla-Vigo
Figurines rugby Maria Fomina
consultants rugby Fabien Antonelli, Xavier Brunet, Stanislas Dano, Danielle Irazu, Marc-Henry Krugler
Avec Aude Schmitter (rôle créé par Johanna Korthals Altes)
et la participation à l’image des joueuses et des cadres de l’Athlétic Club Bobigny 93 rugby (Top 10) et du Rugby Club Soisy Andilly Margency 95 (3e division) et de Domitille

PRODUCTION

Mabel Octobre (conventionnée DRAC et Région Ile-de-France)
Coproduction Nouveau Théâtre de Montreuil, In situ du CG 93 (des artistes au collège), Confluences (résidence de création)
Avec le soutien de l’Institut Émilie du Châtelet pour les débats
Partenaires média Sportiva Infos, Femmes de sport et Télédebout