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SENSIBILISATIONS

Année Zéro

D’après le poème Blackout de Nanni Balestrini
Action pour voix, ondes Martenot et vidéo

création à Confluences (Paris), le 31 janvier 2014

tout public

INTENTION

Année zéro est une proposition de spectacle autour de l’œuvre de l’artiste italien Nanni Balestrini, d’après le poème Blackout et ses œuvres plastiques et des propos filmés de l’auteur (recueillis pour l’occasion).

Balestrini a su traduire les tensions qui traversèrent l’Italie après 1968 dans son écriture, comme dans sa production plastique, profondément traversées par le politique aussi bien dans leur contenu que dans leur forme. Réinterrogeant le rapport entre langage et réalité, il fait violence aux mots pour mieux rattraper le réel. Il recourt aux techniques du cut-up (découpage), du fold-in (pliage), des permutations, de la répétition et se libère des signes de ponctuation. Dans ses compositions plastiques, le mot est pris pour matière comme chez les Dadaïstes ou les Lettristes (voire notamment Paysages verbaux, Colonnes verbales, Avec les yeux du langage, Langue fleurie…). Prenant son inspiration dans le tumulte des conflits sociaux, Balestrini arrive à insuffler à son écriture et à ses collages l’énergie de la contestation collective.

C’est cette vitalité structurelle que la mise en scène va chercher à restituer pour faire entendre les voix des années de plomb, sous forme de pièce poétique, musicale et visuelle, s’apparentant à un oratorio politique, qui hormis la musique, puise uniquement dans l’univers de Balestrini et célèbre la nécessité du verbe.

[...]

INTENTION

Faire œuvre d’historien ne signifie pas savoir « comment les choses se sont réellement passées.»
 Cela signifie s’emparer d’un souvenir tel qu’il surgit à l’instant du danger.
— Walter Benjamin cité par Nanni Balestrini

Année zéro est une proposition de spectacle autour de l’œuvre de l’artiste italien Nanni Balestrini, d’après le poème Blackout, des extraits du roman La Violence Illustrée, ses œuvres plastiques et des propos filmés de l’auteur (recueillis pour l’occasion).

Balestrini a su traduire les tensions qui traversèrent l’Italie après 1968 dans son écriture, comme dans sa production plastique, profondément traversées par le politique aussi bien dans leur contenu que dans leur forme. Réinterrogeant le rapport entre langage et réalité, il fait violence aux mots pour mieux rattraper le réel. Il recourt aux techniques du cut-up (découpage), du fold-in (pliage), des permutations, de la répétition et se libère des signes de ponctuation. Dans ses compositions plastiques, le mot est pris pour matière comme chez les Dadaïstes ou les Lettristes (voire notamment Paysages verbaux, Colonnes verbales, Avec les yeux du langage, Langue fleurie…). Prenant son inspiration dans le tumulte des conflits sociaux, Balestrini arrive à insuffler à son écriture et à ses collages l’énergie de la contestation collective.

C’est cette vitalité structurelle que la mise en scène va chercher à restituer pour faire entendre les voix des années de plomb, sous forme de pièce poétique, musicale et visuelle, s’apparentant à un oratorio politique, qui hormis la musique, puise uniquement dans l’univers de Balestrini et célèbre la nécessité du verbe.

Rappel historique
En Italie, sur fond de guerre de Vietnam, la révolte étudiante, initiée en 1967, due à la massification scolaire et à la hausse des effectifs, fit la jonction avec la contestation ouvrière. « L’Automne chaud » des usines en 1969 suscita plus de 8000 inculpations. Les modes ordinaires d’action militante contre l’exploitation furent délaissés au profit de formes de lutte illégales : occupations d’usine, séquestrations de cadres, sabotages. Premier d’une longue série de « massacres d’État » en réponse aux troubles sociaux, l’attentat de la Piazza Fontana à Milan en décembre 1969, agit comme un révélateur pour de nombreux militants. Certains groupes, comme Lutta Continua ou Potere Operaio, issus de l’opéraïsme, choisirent la résistance légale, d’autres, comme les Groupes d’action Partisanes fondés par l’éditeur Giacomo Feltrinelli, puis les Brigade Rosse, la lutte armée. La radicalité des luttes ouvrières persista jusqu’en 1973. Suite à un nouveau projet de réforme universitaire, la rébellion étudiante reprit en 1977 avec le mouvement autonome. Les Brigades Rouges virent le jour en 1970. Hormis des opérations d’exaction et des incendies, elles trouvèrent leur mode opératoire avec la « mise au pilori », en enlevant, séquestrant, blessant (« jambisation ») et assassinant des hommes de pouvoir. Après 1973, les groupes d’extrême gauche durent changer de stratégie et rompre avec le Parti Communiste Italien (PCI) qui avait abandonné l’idée d’un coup d’État pour se rapprocher du parti de la Démocratie Chrétienne (DC). En 1978, alors que la DC et le PCI s’apprêtaient à former un gouvernement de «compromis historique», les Brigades Rouges kidnappent Aldo Moro, président de la DC. Sa mort, au bout de 55 jours de réclusion et de négociations vaines, consacra la fin d’une bataille.

Blackout
Membre de Potere operaio et d’Autonomia operaia, Balestrini, comme une soixantaine d’intellectuels et d’ouvriers, est accusé en 1979 par le juge Calogero d’avoir organisé un vaste mouvement au sein des universités et des usines poussant à « l’insurrection armée contre l’Etat » et d’avoir participé à l’assassinat du président de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro. Le mouvement autonome est suspecté d’être le « cerveau » des Brigades Rouges. Balestrini échappe à l’arrestation en traversant le Mont Blanc à ski et se réfugie en France, où il vit pendant 7 ans, protégé par la « Doctrine Mitterrand » avant d’être totalement acquitté et de retourner dans son pays.

Balestrini a souhaité témoigner de ces années de contestation, portés par des mouvements nés en 1968 et criminalisés par le pouvoir, dans un vaste poème épique structuré en 4 parties, tel un ultime cri de rébellion et d’espoir :

I – a loss of memory of an even or fact (la perte de mémoire d’un évènement ou d’un fait)

Transformation

II – the extinguishing of ail stage lights to end a play or scene (l’extinction des lumières défaillantes pour clore une pièce ou une scène)

Instigation

III – suppression censorship concealment etc. (suppression, censure, dissimulation, etc.)

Persécution

IV- a momentary laps of consciousness or vision (un instant momentané de conscience ou de vision)

Inhibition

L’auteur y décline 20 évènements qui sont autant de sources différentes, textuelles ou photographiques, en 49 mouvements selon un schéma combinatoire très rigoureux, pour reconstituer la complexité de l’époque et la multiplicité de ses voix.

Musique / Ondes Martenot
Les ondes Martenot sont un instrument électronique inventé par Maurice Martenot en 1928. Le premier modèle était actionné « à distance » à l’aide d’un câble et d’un jeu de poulies. Il faut attendre plusieurs années pour qu’il soit doté d’un clavier. Ce clavier, flottant, permet des variations microtonales, il est complété d’un dispositif formé d’une bague actionnant un ruban qui, en se déplaçant au-dessus du clavier, permet un jeu en glissando. Il offre une grande variété de timbres par l’adjonction de diffuseurs (haut-parleurs spéciaux, munis de ressorts réverbérants ou de cordes sympathiques). L’instrument a été perfectionné par son inventeur jusqu’à sa mort en 1982 et a suscité un vaste répertoire (Darius Milhaud, Olivier Messiaen). Les ondes Martenot font l’objet d’un enseignement officiel au conservatoire de Paris depuis plusieurs décennies.

La musique alterne un jeu monodique et polyphonique grâce à un programme informatique (Max MSP), accompagne les voix sonorisées, ponctue le texte découpé en quatre mouvements musicaux (allegro, andante, minuetto, rondo) et génère le comportement de la vidéo.
 Elle rend également hommage au compositeur Demetrio Stratos, connu pour avoir été le chanteur du groupe de rock progressif Area, très apprécié des jeunes Italiens de gauche, faisant office de « bande son » du mouvement contestataire. Dans Blackout, Balestrini évoque la disparition brutale du musicien en 1979 et le grand concert organisé à sa mémoire dans le stade de l’Arena de Milan.

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EXTRAIT DU TEXTE

EXTRAIT

Blackout

6.

un adieu au son du rock

la photo d’un cœur en papier un cœur fait avec une affiche de concert froissée

il serait temps de se résigner

au grand déplaisir  de beaucoup on en est encore à l’année zéro

retournons-nous vers les dix années écoulées et nous trouverons facilement la raison de cette stupeur

sa cohérence révolutionnaire dont on voudrait se débarrasser pour rêver en paix

la preuve est dans cette stupeur

parce qu’il a marqué le début d’une époque et qu’il continuera à réapparaître

année zéro parce que comme en 1968 toute hégémonie culturelle précédente sur les nouvelles générations doit reconnaître sa propre faiblesse

ce trouble fête de 1968 n’en finira jamais

en montrant en même temps la fin de toute prétention d’hégémonie culturelle sur les jeunes

le public s’est montré sous un aspect différent et il est devenu une chose différente

PROCHAINES DATES

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ÉQUIPE

Texte, collages Nanni Balestrini
Traduction Pascale Budillon Puma
Mise en scène, scénographie Judith Depaule
Musique Nadia Ratsimandresy
Son et bandes Pablo Salaun ou Julien Fezans
Lumière Bruno Pocheron
Développement et programmation vidéo Carl Faia
Costumes Marie-Noëlle Peters
Régie générale Tanguy Nédélec
Développement iPads Thomas Pachoud
Avec la collaboration de Valérie Joly

Avec Samuel Carneiro, Judith Depaule, Vincent Deslandres, Gloria Paris
et Nadia Ratsimandresy (ondes Martenot)

PRODUCTION

Mabel Octobre (compagnie conventionnée par la Drac et la Région Ile-de-France)
Avec le soutien de Art Zoyd – Centre de Création Musicale Valenciennes, RIM : Carl Faia, et de Confluences
Avec l’aide de la Mairie de Paris
Accueil en résidence à La Forge Théâtre Nanterre, au Nouveau théâtre de Montreuil, et au Centre dramatique de La Courneuve
Création soutenue par Décor Sonore / La Fabrique sonore

Art ZoydDécor SonoreConfluencesItalie à Paris
Mairie de Paris

REMERCIEMENTS

À la Maison de la musique de Nanterre, à Jérôme Richer, à Ferhat Elyatim, à la Biennale des poètes en Val de Marne, au Forum du Blanc Mesnil, à Maria Fingercweig, au Musée d’art et d’histoire de Saint Denis et au site internet www.italieaparis.net